Procès du Ponant: Libérés, trois Somaliens errent dans Paris

JUSTICE Accusés de piraterie, ils sont sortis de la prison dans laquelle ils ont passé les quatre dernières années et sont livrés à eux-mêmes...

Vincent Vantighem

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De gauche à droite: Abdulqader, Abdurahman et Abdullahi, trois somaliens arrêtés il y a quatre ans après l'attaque du Ponant par des pirates somaliens. Ils ont passé quatre ans en prison.
De gauche à droite: Abdulqader, Abdurahman et Abdullahi, trois somaliens arrêtés il y a quatre ans après l'attaque du Ponant par des pirates somaliens. Ils ont passé quatre ans en prison. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Mardi dernier, leur avocat leur a dispensé un «cours de métro parisien». Un peu plus tôt, Abdullahi, Abdulqader et Abdurahman s’étaient encore perdus dans les entrailles de la Gare de Lyon. Cela fait quatre ans que ces trois Somaliens sont à Paris. Mais cela ne fait qu’une semaine qu’ils découvrent la ville. Soupçonnés d’avoir participé à la prise d’otage de l’équipage du Ponant, en 2008 dans le golfe d’Aden, ils ont finalement été libérés à l’issue du procès. Deux acquittés. Le dernier, condamné à une peine couverte par les quatre ans qu’il avait déjà passés sous les verrous.

«Nous n’avons pas encore entendu un coup de feu...»

«Paris a l’air calme, lâche ce dernier. Nous n’avons pas encore entendu un seul coup de feu dans la rue...» De ces trois «pirates», Abdullahi, visage poupin, est le seul à paraître un poisson dans l’eau. Il parle presque français. Et surfe sur Facebook depuis son portable comme si de rien n’était. Pourtant, ce n’est encore qu’un «Somalien dans la ville». Une fois libéré, il s’est extasié en découvrant les propriétés d’un ascenseur et s’est interrogé sur les raisons qui poussent les Français à «enterrer leurs voitures sous les immeubles».

Mais il panique encore à l’idée de prendre le métro. «Il y a tellement de choses inédites pour eux ici, lâche Yusuf, le traducteur. Il est un peu euphorique...» Pourtant, Abdullahi et ses deux comparses sont désormais dans une autre galère. Sans papier. Sans argent. A la sortie de prison, à peine leur a-t-on remis ce qu’on appelle le «kit pour indigent». Deux tickets de métro. Autant de chèques déjeuners. Et une carte de téléphone de sept euros.

«Je ne sais pas me servir d’un stylo comme vous mais je sais pêcher les langoustes!»

Leurs avocats leur ont donc payé l’hôtel avant de trouver un foyer. «On n’est plus avocat. On est citoyen, lâche Grégory Saint-Michel. Si on ne fait rien, Abdulqader va mourir sur un coin de trottoir.» Regard dans le vague, cet homme de 34 ans semble, lui, perdu. Au bistrot, c’est Abdullahi qui lui commande son thé. Et son avocat qui lui apprend qu’il faut glisser le sachet dans l’eau chaude avant de boire. Quand on lui a montré où se situe Paris sur une carte, il a demandé combien de jours de marche il fallait pour rejoindre son village en Somalie.

Aujourd’hui, il veut pourtant rester dans l’Hexagone. «L’ironie, c’est que si le parquet ne fait pas appel de leur acquittement, ils se retrouveront en situation irrégulière (lire l'encadré)», poursuit l’avocat. Abdulqader ne semble pas comprendre. Il faut seulement lui demander ce qu’il pourrait faire ici pour qu’il retrouve le sourire. «Je ne sais pas me servir d’un stylo comme vous mais je sais pêcher les langoustes!» Avant de se retourner vers son avocat: «Elles sont où les langoustes, ici?»

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Dédommagement

«Nous allons sans doute déposer un dossier pour que nos clients soient indemnisés.» Augustin d’Ollone, l’un des avocats des trois Somaliens ne compte pas en rester là après la libération de ses clients. «Je peux comprendre qu’on les arrête. Je peux même comprendre qu’on se soit trompés sur leur sort. Mais je ne peux pas comprendre cet acharnement judiciaire qui a conduit à les laisser quatre ans en prison», assure Grégory Saint-Michel, un autre de leurs conseils. Mais pour Abdulqader, Abdurahman et Abdullahi, la priorité n’est pas encore au dédommagement. Le parquet général a encore quelques jours pour faire appel de la décision de justice. Si elle le fait, les trois Somaliens devront rester en France pour comparaître lors d’un second procès. Dans le cas contraire, ils seront libres mais... sans-papiers. «Dans leur cas, la seule solution est de déposer une demande d’asile politique», confie une source au ministère de l’Intérieur. Contraints ou pas, ces trois naufragés ne sont pas enclins à rentrer chez eux. «Là-bas, c’est dangereux. C’est la guerre civile...», se justifie Abdullahi.