Notation: «Avec l'évaluation par contrat de confiance, les élèves travaillent plus car ils savent qu'ils ne seront pas “piégés“ lors du contrôle»

INTERVIEW André Antibi, chercheur en didactique et en sciences de l'éducation, explique à «20 Minutes» ce qu'est la «constante macabre» et pourquoi il faut réformer le système d'évaluation en vigueur au sein de l'Éducation nationale...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

— 

Des élèves dans une classe de primaire à Marseille, le 2 septembre 2010.
Des élèves dans une classe de primaire à Marseille, le 2 septembre 2010. — REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Ce jeudi, le Mouvement contre la constante macabre (MCLCM) tient son colloque annuel à l’Hôtel de Ville de Paris. André Antibi, professeur de mathématiques à l'université Paul-Sabatier de Toulouse et chercheur en didactique et en sciences de l’éducation, est président du MCLCM. Il s’est fait connaître en 2003 avec la publication de La constante macabre ( éd. Math’Adore). Il explique à 20 Minutes pourquoi il faut réformer le système d’évaluation en vigueur au sein de l’Education nationale…

Qu’est-ce que la «constante macabre»?

Dans une classe où tous les élèves sont excellents, où l’enseignement du professeur est excellent, on attendrait que toutes les notes soient excellentes. Mais, si cela arrivait dans le système éducatif français, le professeur serait considéré comme laxiste. En effet, dans ce système, il faut obligatoirement, dans tous les cas, un pourcentage de mauvaises notes pour que l'évaluation soit crédible. Inconsciemment, les enseignants participent à ce système qui veut qu’il y ait de l’échec, et créent de l’échec artificiel. L’existence de ce phénomène est reconnue par tous les partenaires du système scolaire français (FCPE,  PEEP, SE-UNSA, SNESUP-FSU, UNEF, FIDL,…) Mais attention, il n’est pas le fait des enseignants. C’est une maladie dont est atteinte l’ensemble de la société française.

Cela signifie qu’il faut réformer le système de notation?

Il faut réformer, mais attention, je ne parle pas de supprimer les notes, cequi ne servirait à rien. La preuve, en primaire, il n’y a pas de notes, mais les enseignants estiment si le sujet est «acquis» «non acquis» ou est «en cours d’acquisition» par l’élève, et c’est la même chose: ils se croient obligés de mettre des élèves dans chaque «paquet»! C’est paradoxal que les professeurs n’osent pas rendre une évaluation quand il n’y a aucun élève dans la situation de «non acquis», alors que c’est très précisément l’objectif ultime de leur travail! Ce n’est pas un problème de notation mais de mentalité, de culture de l’évaluation.

Quel système d’évaluation proposez-vous alors?

Ce que je propose, c’est un système d’évaluation par contrat de confiance (EPCC). Cela fonctionne un peu comme le code de la route: environ une semaine avant un contrôle, le professeur donne une liste des questions traitées et corrigées en cours. Et l’essentiel de l’épreuve (pour 16 points sur 20), portera sur l’une de ces questions. Attention, ce n’est pas du par cœur bête et méchant: on ne dit pas à l’élève d’apprendre toutes les réponses de tous les exercices par exemple, et de simplement redonner ces résultats. L’idée c’est qu’il restitue ce qu’il a appris. Or, il est impossible de restituer quelque chose qu’on n’a pas compris. Et c’est le contraire du laxisme. Il ne s’agit pas de mettre des bonnes notes à tout le monde. Selon moi, c’est un mauvais service de mettre une bonne note à un élève qui ne le mérite pas. C’est de notre responsabilité d’enseignant d’être honnête avec les élèves.

Et ce système fonctionne?

C’est un système qui fonctionne bien, selon les quelque 30.000 enseignants qui l’ont déjà mis en place: les élèves travaillent beaucoup plus car ils savent qu’ils ne travaillent pas pour rien, qu’ils ne risquent pas de se faire «piéger» lors du contrôle, et que donc leur travail sera récompensé. Le mot-clé de ce système, c’est la confiance. Il permet de ne plus blesser l’élève, et d’atténuer le facteur chance des contrôles (lorsqu’on se dit «J’ai eu de la chance de tomber sur telle question»). Mais attention, cela n’empêche pas l’échec scolaire, sinon j’aurais reçu le Prix Nobel! Avec l’EPCC, il y a environ 10% d’élèves en échec scolaire, parce qu’ils ne travaillent pas assez, parce qu’ils n’aiment pas la matière… Mais ce n’est pas de l’échec artificiel.