Bac: A quoi ça sert la philo?

ÉDUCATION ontrairement aux matières scientifiques, la philosophie n'a pas d'utilisation pratique évidente. Mais, selon Nicolas Franck, professeur de philosophie au Lycée la Folie Saint James, à Neuilly, elle permet d'apprendre aux élèves à réfléchir...

Bérénice Dubuc

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Un candidat au baccalauréat lors de l'épreuve de philosophie au lycée Pasteur de Strasbourg, le 18 juin 2012.
Un candidat au baccalauréat lors de l'épreuve de philosophie au lycée Pasteur de Strasbourg, le 18 juin 2012. — AFP PHOTO / FREDERICK FLORIN

Ce lundi matin, l’édition 2012 du baccalauréat s’est ouverte avec la traditionnelle épreuve de philosophie. Pendant quatre heures, les élèves des trois séries du baccalauréat général, S (scientifique) ES (économique et social) et L (littéraire), ont planché sur l'un des trois sujets au choix: deux dissertations et un commentaire de texte. Mais, contrairement aux matières scientifiques, la philosophie n’a pas d’utilisation pratique évidente. Alors, à quoi sert cette épreuve?

Pour Nicolas Franck, professeur de philosophie au Lycée la Folie Saint James, à Neuilly, et vice-président de l’Association des Professeurs de Philosophie de l'Enseignement Public (APPEP), la philosophie apprend tout bonnement à réfléchir. «On croit spontanément qu’on sait réfléchir naturellement, mais en fait, c’est comme la marche, la natation ou toute autre activité, cela s’apprend», explique-t-il à 20 Minutes.

«Ne pas devoir ses opinions aux autres, mais savoir pourquoi on adhère à telle idée»

Avec la philosophie, les élèves développent leur esprit critique, selon le professeur. «Il faut se mettre à distance de ses idées pour pouvoir les critiquer, les sous-peser. La philosophie ne permet pas seulement une ouverture de l’esprit, mais une véritable émancipation intellectuelle. C’est être capable de structurer les choses, d’avoir une forme d’autonomie, de ne pas devoir ses opinions aux autres, mais de savoir pourquoi on adhère à telle idée.» Et d’expliquer que la philosophie, en développant la pensée critique, permet aux futurs électeurs que sont les élèves de «faire leur  vrai travail de citoyen», à savoir de ne pas seulement adhérer à des idées, à des valeurs, mais de savoir pourquoi ils y adhèrent.

Les cours de philosophie permettent donc aux élèves de comprendre des idées, d’en faire la synthèse, et d’exprimer les leurs de façon logique et structurée. Et c’est cela qui est évalué lors de l’épreuve du baccalauréat, et de la fameuse et inquiétante dissertation. Selon Nicolas Franck, c’est non seulement la nouveauté que représente cette épreuve qui fait parfois peur aux terminales, mais surtout le fait que cet exercice est «un peu risqué». «Pour la dissertation, il n’y a pas de bonne réponse, de réponse attendue. Ils sont extrêmement libres de ce qu’ils font, de dire ce qu’ils veulent, d’utiliser les arguments, les auteurs qu’ils souhaitent. Mais cette liberté est en même temps traître, puisque cet exercice leur demande de prendre la responsabilité d’une pensée qui leur est personnelle.»