Journée mondiale sans tabac: Comment les industriels du secteur torpillent la lutte anti-tabac

SANTE Cette année, l'OMS a choisi de placer cette journée sous le thème de «l'interférence de l'industrie du tabac», qui utilise nombre de «méthodes subversives» pour contrer les efforts de lutte anti-tabac...

Bérénice Dubuc

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Capture d'écran de la vidéo de la journée mondiale sans tabac 2012.
Capture d'écran de la vidéo de la journée mondiale sans tabac 2012. — OMS

Comme chaque 31 mai depuis 1987, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) organise ce jeudi la Journée mondiale sans tabac pour promouvoir l’action anti-tabac de l’institution internationale, et prévenir des dangers du tabac pour la santé. En effet, l’OMS rappelle que le tabagisme «provoque actuellement la mort d’un adulte sur dix sur la planète et est la deuxième cause de décès au niveau mondial».

 

Cette année, l’OMS a choisi de placer cette journée sous le thème de «l’interférence de l’industrie du tabac», estimant que cette dernière fait tout ce qu'elle peut pour saper la lutte contre ce produit. «Ce n’est pas parce qu’on aime s’en prendre à eux. C’est parce que le tabac tue une personne toutes les 6 secondes environ», explique à 20 Minutes Édouard Tursan d’Espaignet, coordinateur du service de surveillance et d’évaluation du tabagisme à l’OMS.

>> Regardez la campagne de cette journée anti-tabac:

L’OMS rappelle que les parties à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac «ont identifié l’industrie du tabac comme étant le principal agent responsable de l’épidémie de tabagisme», et énumère plusieurs «méthodes subversives» utilisées pour contrer les efforts de lutte anti-tabac. L’Organisation souligne ainsi que les industriels du tabac tentent d’intimider les gouvernements qui adoptent des politiques efficaces de lutte en les menaçant de poursuites judiciaires.

Intimidation

Ainsi, en Australie, ils ont intenté un procès après que le gouvernement a décidé la mise en place du «paquet neutre» (emballage unique, marque en tout petit, absence de logo, même couleur, messages sanitaires...) pour faire baisser la consommation à partir du 1er décembre prochain. Mais «ces poursuites ne sont pas un message pour ce pays», selon Édouard Tursan d’Espaignet.

«Elles visent à intimider les pays qui n’ont pas encore de législation anti-tabac.» «Leur objectif est de faire peur à ces petits gouvernements, comme la Namibie par exemple, qui vont craindre de n’avoir pas assez de ressources pour se battre contre les industriels, et peut-être être éviter de légiférer sur la question.» Une manœuvre qui ne réussit pas toujours. La preuve: la Namibie a annoncé devant l’assemblée générale de l’OMS qu’elle était prête à se battre.

Les industriels du tabac manipulent aussi l’opinion publique pour «détourner l’attention de leurs produits mortels» indique l’OMS. «Les industriels du tabac investissent dans des œuvres civiques ou sociales, auprès d’associations sportives, d’hôpitaux… pour tenter de se racheter une virginité, montrer que ce sont des gens responsables, qui s’occupent des gens, des enfants, alors qu’en même temps ils les empoisonnent!», s’emporte Édouard Tursan d’Espaignet, ajoutant qu’il ne s’agit pas de maladies cardio-vasculaires, de cancers, maladies liées au tabagisme. «En Mauritanie, ils ont par exemple investi dans un hôpital qui traite les personnes atteintes de cécité.»

Discréditer les études scientifiques

Selon l’OMS, les industriels du tabac sèment également «le doute sur les preuves scientifiques concernant les dommages provoqués par le tabac et le tabagisme passif» pour «semer la confusion». Édouard Tursan d’Espaignet explique ainsi que «l’industrie du tabac paye des scientifiques pour démontrer par exemple que le tabagisme passif n’est pas si risqué que cela. Leur seul but est de discréditer les études scientifiques réalisées de façon indépendante».

«Le problème, c’est que des personnes crédules, ou même des enfants, croient ces scientifiques, qui, en plus, avancent masqués: ils ne portent pas un badge indiquant qu’ils font partie de l’industrie du tabac. Si, sur 100 personnes, trois croient ce qu’ils racontent, ils ont déjà gagné!» Autres manœuvres employées: exploiter les lacunes de la législation, instrumentaliser des groupes d’opinion pour «influencer réellement le travail du législateur» ou dans le même ordre d’idée, «créer et utiliser des associations écrans ou alibis qui défendent ses intérêts».

L’OMS souligne enfin que l’industrie du tabac utilise des arguments économiques «pour montrer qu’elle apporte une contribution à l’économie d’un pays». Mais ces chiffres «exagèrent l’importance économique de l’industrie», et «ignorent les coûts sociaux, environnementaux et sanitaires du tabac et des produits du tabac».

Édouard Tursan d’Espaignet explique ainsi qu’une étude a été réalisée au Kenya, et «révèle que les agriculteurs les plus pauvres sont ceux qui cultivent du tabac». «Il n’y a absolument rien à y gagner! Les cultivateurs sont pauvres et tombent malades, les consommateurs risquent leur santé. Les seuls à y gagner quelque chose sont les industriels du tabac!»