Combien coûte l'homophobie?

SOCIETE Des associations veulent évaluer le coût des discriminations à l'égard des homosexuels...

Vincent Vantighem

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Selon une étude, les homosexuels sont moins payés que les hétérosexuels.
Selon une étude, les homosexuels sont moins payés que les hétérosexuels. — B. CHIBANE / SIPA

«On peut continuer à répéter que l'homophobie n'est pas bien. Mais on ne fait que prêcher des convaincus…» Fondateur de la Journée mondiale contre l'homophobie, Louis-Georges Tin compte donc aujourd'hui sur une nouvelle approche pour faire avancer sa cause. Avec d'autres associations, il organise ce mercredi un colloque sur le coût de l'homophobie dans la prestigieuse enceinte de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). «Si l'on prouve que cela a un coût pour la société, tout le monde se sentira bien plus concerné», poursuit-il.

Les homos moins bien payés

La démonstration n'est pas encore limpide. Mais les associations ont déjà des pistes de réflexion pour arriver à un «chiffrage». «Dans beaucoup de pays, les homosexuels atteints par le VIH sont stigmatisés. Certains évitent de se faire soigner pour ne pas être victimes de critiques. L'homophobie renforce donc le sida, qui renforce la pauvreté», explique ainsi Auguste Nganga-Malonga de l'association Globe.

Le colloque de ce mercredi s'intéressera également au cas franco-français en donnant la parole à deux professeurs d'économie de l'université d'Evry. «Nous avons compilé les données de l'Insee sur une période de douze ans, annonce Thierry Laurent, l'un de ces professeurs. En conclusion, nous pouvons dire que les homosexuels sont moins bien payés que les hétéros.» L'écart oscille entre 5,5% dans le public et 6,5% dans le privé.

Une étude sur le chômage à venir

«Dans l'entreprise, les gays ne peuvent pas produire leur pleine mesure car ils sont stigmatisés, mal payés et parce qu'on leur refuse les promotions, témoigne Louis-Georges Tin. Cela représente un coût pour les victimes, mais aussi pour l'entreprise et donc pour le pays tout entier.» A l'issue du colloque, les associations devraient donc demander à l'OCDE de se pencher officiellement sur toutes ces problématiques.

L'autre cercle a recueilli des témoignages

«Ici, on n'aime pas les pédés!» Voilà comme le patron d'Antoine, boulanger à Paris, l'a incité à partir. Cadre, Mathieu s'est vu refuser une promotion car la «société n'était pas prête pour les personnes comme lui». L'association L'Autre Cercle a compilé ces témoignages dans une expo itinérante. En ce moment, ils s'affichent à la mairie de Montreuil.