La tentative d'assassinat d'un restaurateur, nouvel épisode violent en Haute-Corse

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Joseph Sisti, 59 ans, éleveur, et son beau-frère Jean-Louis Chiodi, 51 ans, commerçant, ont été tués l'un après l'autre, vraisemblablement vers 08h00 en ce dimanche de Pâques, et non dans l'après-midi comme on le pensait dans un premier temps.
Joseph Sisti, 59 ans, éleveur, et son beau-frère Jean-Louis Chiodi, 51 ans, commerçant, ont été tués l'un après l'autre, vraisemblablement vers 08h00 en ce dimanche de Pâques, et non dans l'après-midi comme on le pensait dans un premier temps. — Pascal Pochard-Casabianca afp.com

La tentative d'assassinat du gérant d'un restaurant de plage de la Plaine orientale (Haute-Corse), lundi, est le dernier épisode d'une vague de violence criminelle qui ensanglante depuis un an et demi cette région convoitée de la Corse.

Olivier Sisti, 37 ans, a été blessé au visage et à la main par des décharges de chevrotines tirées à travers la vitre de la voiture qu'il conduisait près son domicile, à Aléria. Déjà victime d'une tentative d'assassinat en 2010, le commerçant a eu la force de garder le contrôle de son véhicule et de se rendre au centre de secours de la ville où les pompiers lui ont prodigué les premiers soins. Il a ensuite été transporté par hélicoptère à l'hôpital de Bastia où il se trouvait toujours ce mardi, dans un état qualifié de sérieux mais sans que ses jours ne soient en danger. Aucun élément n'a filtré sur l'enquête, confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Bastia.

Convoitise

Le restaurant de plage géré par la victime à Ghisonaccia (Haute-Corse), une commune proche de la côte et voisine d'Aléria, avait été incendié dans la nuit de samedi à dimanche. Sans lien de parenté avec un ancien dirigeant nationaliste, Jo Sisti, assassiné en avril dans la même région, Olivier Sisti est connu des services de police notamment pour une affaire d'extorsion de fonds en 2005, a-t-on indiqué de source proche de l'enquête. Il avait été blessé au thorax et aux jambes en octobre 2010 à Ghisonaccia, par des tirs de chevrotines lors d'une précédente tentative d'assassinat.

Traditionnelle zone agricole relativement peu peuplée, en bord de mer, la Plaine orientale est l'objet depuis quelques années de vives convoitises, sur fond de flambée des prix des terrains pour les reconvertir en secteurs constructibles, souvent à vocation touristique. Six hommes -deux agriculteurs, un restaurateur, un commerçant, un entrepreneur de BTP et un gérant de cabinet d'expertise automobile- ont été tués par balles depuis dix-huit mois dans la Plaine orientale. La dernière affaire est le double assassinat, le 8 avril, de Jo Sisti, 59 ans, et de son beau-frère Jean-Louis Chiodi, 51 ans.

«Climat de violence multiforme»

Dans ce «climat de violence multiforme qui touche des honnêtes gens» comme le dénonçait à l'automne Jo Sisti, ancien élu nationaliste à l'Assemblée de Corse, aucun de ces assassinats n'a été résolu. Les motivations restent difficiles à établir, de même que d'éventuels liens entre certains dossiers, selon une source judiciaire. Des enquêteurs expliquent notamment cette vague de violence criminelle par la spéculation foncière et immobilière dans une région restée jusqu'alors relativement préservée, par rapport à d'autres parties de la Corse comme l'extrême-Sud, les environs d'Ajaccio et la Balagne (Haute-Corse).

En raison de la flambée des prix du foncier et de l'immobilier dans des villes comme Bastia et Porto-Vecchio, au nord et au sud de la Plaine orientale, de nombreux villages champignons ont poussé dans cette région, permettant pour les insulaires de se loger à meilleur prix mais aussi d'édifier des complexes touristiques, certains de ceux-ci ayant été la cible d'attentats ces dernières années. L'économie souterraine, notamment dans les travaux publics, et la délinquance organisée (machines à sous, trafic de stupéfiants) sont aussi avancées pour expliquer certains assassinats.