Victime d'un bizutage, un soldat quitte l'armée et est jugé pour désertion

JUSTICE L'ancien militaire affirme avoir fui après une humiliation, sa hiérarchie prétend ne pas être au courant...

J. M.

— 

Photo d'illustration: Un militaire de l'armée de l'air francaise.
Photo d'illustration: Un militaire de l'armée de l'air francaise. — BERNARD BISSON/JDD/SIPA

«Je savais que j’allais avoir des ennuis, mais la liberté, ça n’a pas de prix.» Benjamin, ancien militaire de 25 ans, comparaît ce lundi devant le tribunal des affaires militaires de Marseille pour désertion. Le jeune homme affirme qu’il a quitté l’armée à cause d’une humiliation subie pendant un bizutage, alors qu’une affaire similaire fait polémique chez les pompiers de Paris. Sa hiérarchie assure n’être au courant de rien.

«Humiliation»

«Il affirme des choses dont nous n’avons jamais eu connaissance et dont nous n’avons pas trouvé trace», a indiqué au Parisien le service communication de l’armée de l’air. «J’ai été convoqué par le commandant d’escadron. Il m’a dit: ton bizutage, tu n’en parles jamais!», raconte de son côté l’ancien mécanicien de la base aérienne d’Istres.

«Dans le bizutage, il y a des traditions qui prêtent à sourire. Mais pour moi et un collègue, ça s’est beaucoup moins bien passé, raconte-t-il. On a été pris à part, attachés et bâillonnés puis emmenés dans les vestiaires», se souvient Benjamin. L’ex-militaire refuse d’en dire plus mais parle d’une «humiliation».

«J’ai tenu tête surtout, car je ne voulais pas devenir leur esclave»

«Je ne me suis pas laissé faire et ça ne pouvait pas se finir autrement qu’en bagarre, raconte Benjamin. Si je ne m’étais pas rebellé, je ne sais pas jusqu’où ça aurait pu aller: on a vu ce qui s’est passé récemment chez les pompiers.» Le militaire fait allusion aux violences subies par un jeune membre de l’équipe de gym de la BSPP: des coups, une morsure sur les fesses, et l’introduction dans l’anus d’une bouteille en plastique roulée en forme de serpentin.

«J’ai tenu tête surtout, car je ne voulais pas devenir leur esclave», se souvient Benjamin, qui indique avoir fait les démarches pour résilier l’engagement de cinq ans pris fin 2009 avec l’armée, sans succès. Le militaire quitte quand même ses fonctions et est recherché. Il entame même une formation sous une fausse identité et est aidé par son père, officier de police. Mais le fugitif finit par être retrouvé et traduit en justice. De même que son père, poursuivi pour «recel de désertion».