Pompiers de Paris: «On se dit que c'est un bizutage. Mais en fait, non, c'est une agression sexuelle!»

TÉMOIGNAGE ictime d'une agression sexuelle alors qu'il intégrait les pompiers de Paris en 1984, Jean* a décidé de créer une association pour faire cesser le bizutage. Il témoigne...

Vincent Vantighem

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Illustration pompiers.
Illustration pompiers. — E.POL / SIPA

Il a gardé le silence pendant vingt-huit ans. Mais quand il a appris que deux jeunes sapeurs-pompiers de la prestigieuse brigade de Paris avaient porté plainte après un bizutage, Jean* s’est finalement confié. D’abord à son épouse, samedi soir. Ensuite à sa hiérarchie actuelle qui n’imaginait pas du tout ce qu’il avait pu subir. «C’était en 1984, confie-t-il. J’avais 19 ans. Je sortais du centre de formation. J’étais affecté au centre de secours de Château d’Eau (Paris, 10e).»

Un samedi soir, alors qu’il est de garde, Jean* voit alors cinq de ses camarades s’approcher de lui. «Il y avait même un gradé, se rappelle-t-il. Un caporal.» Les cinq hommes le plaquent sur un lit et commencent à le violenter. «Ils m’ont passé les parties génitales au cirage. Ils m’en ont aussi mis dans l’anus, détaille-t-il. Et puis, ils ont tenté de m’introduire quelque chose. Heureusement, j’ai réussi à me débattre pour empêcher ça...» Quelques jours plus tard, Jean réalise alors vraiment ce qu’il a subi. «On se dit que c’est un bizutage. Mais en fait, non, c’est une agression sexuelle!»

«Oui, cette agression a brisé ma carrière, a brisé mon rêve»

Engagé depuis quelques mois et alors qu’il doit faire «au moins» cinq ans de service, Jean* présente alors sa démission. «Sur le coup, personne n’a compris. J’étais arrivé deuxième de ma promotion. J’étais en train de passer mon permis pour conduire les camions. Même ma famille n’a pas compris pourquoi je voulais quitter les pompiers alors que c’était ma vocation...» Pour étouffer l’affaire, Jean* assure alors à tout le monde qu’il s’est «trompé de branche». Mais aujourd’hui, il avoue: «Oui, cette agression a brisé ma carrière, a brisé mon rêve. Comme les gamins, la semaine dernière.»

Assuré de ne pas être un cas isolé, Jean* a décidé de s’exprimer après avoir si longtemps gardé le silence. «J’ai proposé à l’avocat des victimes de créer une sorte d’association de manière à cesser ce genre de pratiques. Nous sommes prêts à aider tous ceux qui ont été victimes de ces agissements.» Une fois son association créée, Jean* veut même aller rencontrer la direction de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. «Il faut qu’on comprenne le mal que cela fait. Pour les victimes mais aussi les coupables dont la carrière est brisée. Et surtout pour le prestige de la Brigade.»

*Le prénom a été modifié