Lydia Gouardo: «J'aimerais que l'on pense un peu à moi»

JUSTICE Séquestrée et violée pendant vingt-huit ans, Lydia Gouardo pourrait enfin être indemnisée...

Vincent Vantighem

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Pour Lydia Gouardo, 50 ans, l'essentiel est de voir son statut de victime enfin reconnu.
Pour Lydia Gouardo, 50 ans, l'essentiel est de voir son statut de victime enfin reconnu. — Charles Platiau / Reuters

A combien s'élève le préjudice subi par une femme qui a été séquestrée, torturée et violée par son père adoptif pendant vingt-huit ans? La Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (Civi) du tribunal de Meaux (Seine-et-Marne) va répondre, ce lundi, à la question posée par Lydia Gouardo.

A l'âge de 9 ans, elle a commencé à être abusée par son père, qui la retenait dans leur maison de Seine-et-Marne. Pour éviter qu'elle ne dénonce les tortures et les viols répétés, il décide même de la retirer de l'école. Le calvaire – au cours duquel six enfants voient le jour – dure près de trente ans. Elle ne doit son salut qu'à la crise cardiaque qui terrasse, en 1999, celui qu'elle nomme encore aujourd'hui «le Vieux».

De lourds stigmates

«Il y a peu de précédents, reconnaît Emmanuel Rabier, son avocat. Mais nous avons des éléments concrets qui permettent d'évaluer sa situation et de l'indemniser en conséquence.» Comme l'absence de scolarité qui lui complique encore la vie aujourd'hui. «Récemment, je suis allée à la Sécu, confie-t-elle ainsi. Je ne sais pas écrire. Je ne pouvais pas remplir le dossier. La dame s'est foutue de ma gueule. Mais je n'avais pas envie de lui raconter mon histoire…»

Violentée pendant des années, Lydia garde aussi de lourds stigmates. «“Le Vieux” m'a brûlée. Je suis handicapée à 80%. Je dois encore subir des greffes de peau. Je ne peux pas travailler.» Et donc pas «cotiser pour la retraite», poursuit son avocat.

Mais pour Lydia Gouardo, l'essentiel est d'abord de voir son statut de victime reconnu. «Tout le monde m'a abandonnée pendant ces années. J'aimerais que l'on pense un peu à moi.» Et surtout aux années qu'il lui reste à profiter. A 50 ans, elle voudrait ainsi acheter la maison qu'elle loue pour ne pas avoir à «retourner dans la baraque du “Vieux”». Et aussi s'offrir les cours particuliers qu'elle a repérés sur Internet. «Vous savez, c'est dur de profiter de la vie quand vous n'avez rien connu…»