Karachi: Takieddine dément avoir reçu de l'argent liquide en Suisse

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L'intermédiaire Ziad Takieddine a porté plainte lundi contre l'ancien Premier ministre Edouard Balladur devant la Cour de justice de la République (CJR) pour complicité et recel d'abus de biens sociaux dans le cadre de l'affaire Karachi
L'intermédiaire Ziad Takieddine a porté plainte lundi contre l'ancien Premier ministre Edouard Balladur devant la Cour de justice de la République (CJR) pour complicité et recel d'abus de biens sociaux dans le cadre de l'affaire Karachi — Bertrand Guay afp.com

L'homme d'affaire franco-libanais Ziad Takieddine, auditionné ce mercredi par le juge Renaud Van Ruymbeke dans le cadre du volet financier de l'affaire Karachi, a de nouveau démenti avoir retiré ou reçu de fortes sommes d'argent liquide en Suisse en 1994-1995 détournées de contrats d'armement. «Il y a aucun retrait, aucune transaction bancaire, aucun dépôt, aucune transmission, aucun chèque qui me mène de près ou de loin à une quelconque connaissance de ces versements», a-t-il dit à l'issue de son audition. «Les comptes ne sont pas les miens, les montants ne sont pas les miens, et je ne ne suis pas le destinataire», de l'argent liquide retiré.

Les juges d'instruction financiers parisiens Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke enquêtent sur un éventuel détournement des commissions liées à des contrats d'armement avec le Pakistan (Agosta) et l'Arabie saoudite (Sawari II) au profit de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. Leur enquête a mis au jour des mouvements bancaires suspects au Lichtenstein, en Espagne et en Suisse. Des virements bancaires, qui pourraient être liés aux commissions, ont été effectués sur le compte d'un homme d'affaires libanais, Abdul Rahman El-Assir, avant d'être transférés sur le compte d'un dignitaire koweïtien Cheikh Ibrahim Douaij Al-Sabah pour en être immédiatement retirés, en liquide.

«Ce n'est pas parce que vous connaissez le sbire du coin que vous êtes son petit ami»

Le 7 avril 1995, dix millions de francs étaient ainsi retirés en cash à Genève par Mustafa Al-Jundi, une connaissance commune de Abdul Rahman El-Assir et Ziad Takieddine, selon un bordereau publié par le Parisien. Un montant équivalent à celui déposé, le 26 avril, en liquide, sur le compte du candidat éliminé trois jours avant au premier tour de la présidentielle, Edouard Balladur. «M. El-Assir et Al-Jundi, ce sont des gens que j'ai connus, rien d'autre. Ce n'est pas parce que vous connaissez le sbire du coin que vous êtes son petit ami», a dit Ziad Takieddine, trois fois mis en examen dans ce dossier.

Selon l'enquête, de nombreux autres retraits ont été faits au bénéfice de Mustafa Al-Jundi. Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir été le prête-nom de Ziad Takieddine qui s'en est défendu ce mercredi devant la presse. «M. Al-Jundi n'est aucunement partenaire, ni actionnaire ni rien du tout dans mes sociétés. Il ne l'a jamais été», a-t-il asséné. Interrogé sur sa quatrième audition par le juge Van Ruymbeke depuis début avril, Ziad Takieddine a indiqué avoir également parlé du financement de la campagne de 2007 du président sortant Nicolas Sarkozy.

«Par ma connaissance du dossier, j'ai pu donner de la crédibilité à ce qui est paru dans la presse», a-t-il dit en estimant que l'ancien Premier ministre libyen Abdelhatif El-Bagdadi «a dit la vérité» en affirmant que le Libye avait financé la campagne de Nicoals Sarkozy. Mais «je n'ai pas de preuves», a-t-il ajouté. «Je ne connais pas le montant, je ne connais pas la manière mais, venant de sa part, cela me laisse croire que c'est la vérité et que cela mérite que le président de la République sortant puisse commencer à répondre à ces questions devant la justice», a estimé l'homme d'affaires.