Harcèlement sexuel: Une première plainte jugée irrecevable après l'abrogation de la loi

JUSTICE «Il m'a touchée et il a gagné!» s'est insurgée la plaignante, une femme de 37 ans à l'annonce du jugement...

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Une femme de 37 ans, dont la plainte pour harcèlement sexuel a été jugée irrecevable mercredi à Paris, à la suite de l'abrogation de la loi, s'est ruée sur le prévenu de 72 ans, criant en pleine salle d'audience: "Il m'a touchée et il a gagné!"
Une femme de 37 ans, dont la plainte pour harcèlement sexuel a été jugée irrecevable mercredi à Paris, à la suite de l'abrogation de la loi, s'est ruée sur le prévenu de 72 ans, criant en pleine salle d'audience: "Il m'a touchée et il a gagné!" — Francois Guillot afp.com

Une femme de 37 ans, dont la plainte pour harcèlement sexuel a été jugée irrecevable ce mercredi à Paris, à la suite de l'abrogation de la loi, s'est ruée sur le prévenu de 72 ans, criant en pleine salle d'audience: «Il m'a touchée et il a gagné!» Plusieurs semaines après la tenue du procès, et quelques minutes avant de rendre leur délibéré, les magistrats de la 31e chambre du tribunal correctionnel ont accepté d'écouter, très brièvement, les avocats des deux parties, le parquet et une juriste de l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT).

Après une très courte suspension d'audience, le président Olivier Perrusset a déclaré «irrecevables les constitutions de parties civiles», cinq jours après l'abrogation de la disposition du Code pénal sur le harcèlement sexuel, jugée trop floue par le Conseil constitutionnel. Peu après, la prévenue s'est levée, empoignant le prévenu par le col de sa veste et criant: «T'as gagné! Il m'a touchée et il a gagné», avant d'éclater en sanglots.

«J'entends (que le tribunal dit) "irrecevable". Comment voulez-vous que je me sente?»

A la sortie, refusant de parler devant les caméras, elle a dit à quelques journalistes: «Cet homme a touché mes seins, mes cuisses, mon sexe (...) Aujourd'hui, j'entends (que le tribunal dit) "irrecevable". Comment voulez-vous que je me sente?»

De son côté, l'avocat du prévenu, Me Jean-Marc Delas, ayant assisté à la scène, s'est dit particulièrement «choqué» par ce qu'il a appelé une «théâtralisation». «Quand je vois qu'il y a toutes ces pressions, cette théâtralisation devant les médias, je ne doute pas que le parquet va faire une nouvelle citation en qualifiant les faits d'agression sexuelle! Ce sera une façon de rattraper une procédure foutue», a-t-il dit. «Pour ma part, j'aurais préféré que mon client soit relaxé sur le fond», a-t-il ajouté.

«Mme B., 37 ans, secrétaire», avait porté plainte début 2009 «pour des faits de harcèlement sexuel et d'agressions sexuelles contre son supérieur hiérarchique», a affirmé l'AVFT dans un communiqué. De son côté, Me Delas a assuré à l'AFP que le prévenu «travaillait deux jours par semaine dans une association de retraités, mais n'en était pas un dirigeant, seulement un membre bénévole».