Armée: Le bizutage, une tradition vivace

ARMEE Après la plainte pour «viol en réunion» déposée dimanche par un pompier de Paris à la suite d'un bizutage qui aurait mal tourné, «20 Minutes» fait le point sur les traditions dans l'armée...

Vincent Vantighem

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«Ce n’est pas la première affaire. Je ne vais pas le nier: il y a des traditions chez les pompiers et les militaires!» Président du syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels, Patrice Beunard n’a pas été forcément «surpris» après le dépôt d’une plainte pour «viol en réunion» et «violences volontaires» d’un jeune pompier de Paris à la suite d’un bizutage qui aurait mal tourné. Dans la plainte qu’il a déposée dimanche soir et que 20 Minutes a pu consulter, le jeune homme de 23 ans assure qu’il était au courant depuis plusieurs jours qu’il allait être bizuté. «Mes camarades, tous grades confondus m’avaient dit que j’allais y passer», a-t-il assuré aux enquêteurs. Comme si le bizutage demeurait une tradition immuable.

«La partie émergée de l’iceberg»

A Paris, comme à Marseille, les pompiers sont des militaires. Ils n’ont pas le droit de se syndiquer, ni celui de faire grève. Il faut donc se tourner vers l’Association de défense des droits des militaires (ADEFDROMIL) pour tenter de savoir si les dérives sont fréquentes. «On reçoit des plaintes de temps en temps à l’association, confie Jacques Bessy, le président de l’ADEFDROMIL. Mais le terme bizutage est flou. On a quelques cérémonies, quelques traditions… Certains ne se plaignent pas de peur de compromettre le reste de leur carrière. Je pense donc que les dossiers ouverts chez nous ne sont que la partie émergée de l’iceberg…»

Produits périmés à avaler

Parmi les milieux militaires les plus touchés par le bizutage, Jacques Bessy cite d’abord les écoles de Saint-Cyr qui assurent la formation des officiers. «Mais là-bas, cela semble de plus en plus encadré.»  Vient ensuite la marine où les traditions sont encore respectées. «Cela ressemble souvent aux rites initiatiques de tribus primitives», poursuit Jacques Bessy. Parmi les rites, le «passage de ligne» est le plus célèbre des marins de surface. «Au moment du passage de l’Equateur ou d’un tropique, les jeunes recrues sont enduits de divers produits et bousculés par les anciens. Cela peut durer une semaine.» Dans certains cas, les bizuts doivent aussi avaler des produits périmés en grande quantité pour intégrer la confrérie.

Marc: «Une super ambiance»

Le «passage de ligne» est aux marins de surface ce que le «baptême» est aux sous-mariniers. Marc, qui a effectué sa première mission en plongée l’an dernier, nous raconte ce qu’il a vécu. «Quand le sous-marin atteint une certaine profondeur, les jeunes sont bizutés. J’en ai bavé mais c’est resté gentillet. Il n’y a pas de choses inconscientes.» Le rite ressemble à celui du passage de ligne. «J’étais le souffre-douleur des anciens pendant deux jours. Mais cela s’est fait dans une super ambiance…» Marc précise tout de même que les choses ont évolué depuis quelques années. «Souvent, les bizuts sont enduits de produits graisseux. Mais la médecine du travail nous a mis en garde sur le caractère cancérigène ou allergène de certains de ces produits donc ils sont moins utilisés…» Le rituel peut sembler horrible mais aujourd’hui Marc en garde un bon souvenir. «C’est un rite traditionnel, conclut-il. Je ne me suis jamais senti humilié. Alors que quand j’étais en prépa à Metz et qu’on m’a demandé de défiler à poils dans les rues, c’était dégradant!»