François Hollande, un candidat qui a fini par peser

PRESIDENTIELLE A peine crédité de 3% dans les sondages en 2010...

Maud Pierron

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Patron du PS pendant onze ans, François Hollande (ici à Tulle) a eu peur de perdre la main lors de l'affaire Merah.
Patron du PS pendant onze ans, François Hollande (ici à Tulle) a eu peur de perdre la main lors de l'affaire Merah. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

François Hollande président. Il y a trois ans, lui seul pouvait imaginer pareille issue, alors qu'il venait de quitter la tête du PS après onze années usantes, sous les lazzis de ses camarades. Le député de Corrèze est alors très seul, entouré d'une poignée de fidèles. Dans l'opinion, il n'est que l'ex mal fagoté de Ségolène Royal.

C'est sa traversée du désert, indispensable, explique-t-on, pour se forger un profil de présidentiable. Essentiel pour se remettre en cause, assure-t-il aujourd'hui. C'est isolé qu'il se forge une nouvelle ambition: l'Elysée. Aidé de sa nouvelle compagne, Valérie Trierweiler, il s'astreint à un régime, change de costumes et de lunettes. Il avale des notes, se met à penser par et surtout pour lui seul. Et si on l'oublie à Paris, il se régénère en Corrèze.

Une campagne prudente
Cette Corrèze dont il dit, à 57 ans, qu'il y a ses « racines », alors qu'il est natif de Rouen. Cette Corrèze, alors terre de la chiraquie triomphante, où il a débarqué en 1981, jeune conseiller de François Mitterrand. Cette Corrèze qui l'a adopté, fait député et maire de Tulle, puis président du conseil général et dont il se sent redevable. Comme Jacques Chirac, il adore le contact avec les Français. Comme lui en 1995, il a mené une campagne de proximité, sillonnant la France pendant un an.

Mais Hollande en serait-il là sans le « coup de tonnerre » du Sofitel, où DSK a sombré ? Lui jure qu'il aurait emporté les primaires contre l'ex-patron du FMI, qui connaissait si peu les Français. Son slogan de « candidat normal » visait autant Nicolas Sarkozy que DSK.

Avec cette image de normalité, même l'ex-président l'a sous-estimé. Pourtant, Hollande a résisté à son entrée en campagne et, malgré des moments de flottement où il a craint de perdre la main, comme lors du drame de Toulouse, il a rendu coup pour coup. Ses 60 engagements présentés, il n'en a pas dévié. Crise oblige, mais aussi pour opposer sa «cohérence» aux «zigzags» de Sarkozy, son repoussoir. Seule exception: la taxation à 75 % des plus riches. Sa campagne a été prudente mais solide. Un sans-faute de sa part, dit-il. Tactique gagnante en tout cas qui lui permet de succéder à son modèle : François Mitterrand.