Paris: Les policiers manifestent à nouveau

REPORTAGE Quelque 200 policiers ont manifesté leur solidarité pour leur collègue mis en examen. L'occasion de faire part d'un ras-le-bol général...

Claire Béziau

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Manifestation de policiers vendredi 4 mai à Paris, entre la porte Maillot et l'avenue des Champs-Elysées.
Manifestation de policiers vendredi 4 mai à Paris, entre la porte Maillot et l'avenue des Champs-Elysées. — Claire Béziau/ 20 MINUTES

C’est en civil, et en grappes de six ou sept, qu’environ 200 policiers se sont rassemblés, ce vendredi à 11h30 devant le Palais des Congrès de la porte Maillot à Paris.

«Traité comme un criminel»

Une forêt de blousons, de jeans et de baskets qui se sont donné rendez-vous par SMS et pour un objectif commun: exprimer leur solidarité envers leur collègue de Noisy-le-Sec mis en examen, dans un mouvement qui s'est voulu indépendant et démarqué des syndicats.

«Notre collègue a été traité comme le pire criminel qui soit» a lancé Nicolas, brigadier-chef dans les Yvelines. Julien*, brigadier des Hauts-de-Seine, a renchéri: «L’infraction aurait pu être requalifiée en homicide involontaire. La justice a retenu la volonté de tuer plutôt que celle de sauver sa peau».

«On n’est pas là pour se faire tuer»

Et de citer l’exemple de la policière tuée à Bourges par un forcené muni d’un sabre, en octobre 2011. «Elle est morte parce qu’elle n’a pas osé tirer. J’ai moi-même déjà été menacé par un fusil à pompe. Je me suis demandé ce que je risquais si je me défendais.» Perte du salaire, mutation, licenciement? Les manifestants ont déploré le manque de soutien de leur hiérarchie et ont dénoncé «l’impunité» des multirécidivistes. Julien était remonté: «On a moins de pouvoir que les agresseurs. Eux ont droit à la présomption d’innocence,  pas nous. On n’est pas là pour se faire tuer!»

Le barrage de la gendarmerie mobile

Très vite, les revendications se sont mises à pleuvoir, au-delà d’une affaire considérée par la plupart comme «la goutte d’eau qui fait déborder le vase».

Un peu après 12h00, les policiers se sont dirigés vers la Concorde, au rythme de coups de sifflets, de huées et du slogan «Policiers en colère». L’unique banderole affichait le message: «Flics en 2012: mort ou prison, on exige un autre choix ».

Sur l’avenue des Champs-Elysées, huit fourgons de la gendarmerie mobile ont fait barrage sous une pluie battante, empêchant toute progression. Les manifestants ont tenté de rallier les gendarmes à leur cause, à coups de: «Si t’es avec nous, retire ton calot», «C’est aussi pour vous qu’on fait ça», et de Marseillaise entonnée à pleins poumons. La trentaine de gendarmes mobiles n’a pas cédé, malgré quelques sourires et des mains serrées, comme à la fin d’un match amical.

Deux policiers pour 75.000 habitants

Les policiers ont rebroussé chemin et ont fait le tour du terre-plein de la porte Maillot, avant de retourner travailler. Vincent*, du 92, n’était pas déçu: «A partir du moment où on parle de nous, le message est passé. En espérant que ça prenne de l’ampleur». 

Aurélie*, jeune recrue de la brigade police-secours dans les Hauts-de-Seine, a fait part de son inquiétude: «Un fonctionnaire sur trois n’est pas remplacé. Certains jours, on se retrouve à deux, dans un seul véhicule pour trois communes, ce qui représente 75.000 habitants».

Un état de fait souligné par son collègue Julien: «Le service est géré comme une entreprise, avec une politique de résultats. Un matin, mon supérieur m’a dit: "Aujourd’hui, ça serait bien que vous me rameniez une ILS (Infraction à la législation sur les stupéfiants, ndlr), c’est-à-dire un délinquant en possession de shit".»

Après le 6 mai

Le rassemblement est resté symbolique mais néanmoins stratégique, à deux jours du second tour de l’élection présidentielle. Les manifestants, pas dupes de la récupération politique de l’affaire de Noisy-le-Sec, attendaient beaucoup du futur président de la République: «On entend les propositions, notamment celle de Nicolas Sarkozy sur la présomption d’innocence, mais on verra ce qui sera fait après le 6 mai».

Les prochains mouvements auront lieu le 10 mai, à l’appel du syndicat Unité SGP, et le 11 mai avec le syndicat Alliance.

 * Les prénoms ont été modifiés.