Affaire du Carlton de Lille: DSK conteste toute violence sur des femmes

JUSTICE Les dépositions de deux prostituées concernant leur séjour à Washington, selon «Libération», seraient à l'origine d'une requête supplétive pour «viol en réunion» et viserait notamment l'ancien directeur du FMI...

Corentin Chauvel

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L'ancien directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, à la sortie de sa garde à vue, le 22 février 2012, à Lille.
L'ancien directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, à la sortie de sa garde à vue, le 22 février 2012, à Lille. — STRINGER / REUTERS

Vers un nouveau chef d’accusation pour les protagonistes de l’affaire du Carlton de Lille? Deux jours après la mise en examen de Dominique Strauss-Kahn le 26 mars dernier pour proxénétisme aggravé en bande organisée, les trois juges d’instruction ont demandé au parquet de Lille (Nord) d’ajouter un réquisitoire supplétif pour viol en réunion, révèle Libération ce vendredi. L'ancien directeur du FMI a dans la foulée contesté avoir jamais commis la moindre violence à l'encontre d'une femme.

Cette demande fait suite aux dépositions de deux prostituées belges ayant effectué le fameux séjour à Washington de décembre 2010. Présentées comme des secrétaires de la société Eiffage, elles y accompagnaient le commissaire Jean-Christophe Lagarde, David Roquet, responsable d’une filiale d’Eiffage, et l’homme d’affaires Fabrice Paszkowski.

DSK «me tirait les cheveux»

«On était là essentiellement pour DSK. Les autres, on s'en fout», avait raconté l’une des prostituées, d’après les procès-verbaux publiés par Le Monde le 28 mars dernier. D’autres décrivaient un «abattage», «de la pure consommation sexuelle» ou des scènes «bestiales». «L'escorting n'est pas de la prostitution à 30 euros. C'est rare de trouver des gens qui manquent de respect comme l'ont fait DSK et (David) Roquet», illustrait encore Marion, une prostituée, qui affirme que l’employé d’Eiffage l’a empêchée de bouger alors qu’elle s’opposait à ce que voulait lui faire DSK, à savoir une sodomie.

Libération donne plus de détails ce vendredi sur cette scène. Dominique Strauss-Kahn «me tirait les cheveux, il m’a fait mal. Je pèse 50 kilos, lui est plus lourd», a décrit Marion devant les enquêteurs en décembre dernier. «J’ai refusé en lui disant non, je ne veux pas. J’ai essayé de me dégager mais c’était compliqué car il était sur moi et il est très lourd. Certes, je n’ai pas hurlé, mais j’ai dit clairement que je ne voulais pas, à plusieurs reprises à haute voix», a-t-elle encore raconté.

«DSK aimait bien s’attaquer aux petites nouvelles»

D’après la prostituée, âgée de 25 ans à l’époque des faits, aucun des autres participants de la soirée libertine n’est intervenu, sauf David Roquet, pour lui tenir les poignets. Aurélie, l’autre escort-girl présente ce soir-là a toutefois tempéré ces accusations: «Je me souviens bien. Je voyais à sa tête que ça ne lui plaisait pas. J’ai dit à DSK d’arrêter. Je ne l’ai pas entendue dire non, si elle ne voulait pas et si elle avait crié je l’aurais entendue et je serais intervenue.»

«Il est vrai que DSK aimait bien s’attaquer aux petites nouvelles. Il fallait lui dire un non très ferme et pas un non plaintif qui avait plutôt tendance à l’exciter», ajoute Aurélie qui précise qu’elle a aussi pu ne pas l’entendre, étant «un peu occupée» à ce moment-là.

Lors de sa garde à vue, le 21 février dernier, Dominique Strauss-Kahn a démenti toute «relation contrainte ou imposée». L’ancien directeur du FMI a parlé de «mensonge», d’«erreur» ou de «pression», écartant également sa connaissance de la profession de ces jeunes femmes, ce que conteste Marion selon qui DSK «savait que les filles étaient payées lors des soirées», indique Libération. «En ce qui me concerne, je n'interroge pas les gens sur leur vie privée», s’est-il justifié. «En y réfléchissant maintenant, je pense que j'ai été naïf», avait-il regretté. Afin de ne pas perturber l’élection présidentielle, le parquet de Lille devrait attendre la semaine prochaine avant de statuer sur ce réquisitoire.