Soupçons de terrorisme: Verdict attendu pour un physicien du Cern

JUSTICE Adlène Hicheur doit ou non être condamné pour terrorisme, après avoir échangé des mails équivoques, dont certains évoquant de possibles attentats, avec un responsable présumé d'Aqmi...

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Le tribunal correctionnel de Paris dira vendredi si Adlène Hicheur, un physicien détaché au Cern de Genève, doit ou non être condamné pour terrorisme après avoir échangé des mails équivoques, dont certains évoquant de possibles attentats, avec un responsable présumé d'Aqmi.
Le tribunal correctionnel de Paris dira vendredi si Adlène Hicheur, un physicien détaché au Cern de Genève, doit ou non être condamné pour terrorisme après avoir échangé des mails équivoques, dont certains évoquant de possibles attentats, avec un responsable présumé d'Aqmi. — Benoit Peyrucq afp.com

Le tribunal correctionnel de Paris doit dire ce vendredi si Adlène Hicheur, un physicien détaché au Cern de Genève, doit ou non être condamné pour terrorisme après avoir échangé des mails équivoques, dont certains évoquant de possibles attentats, avec un responsable présumé d'Aqmi.

«Je ne conteste pas le fait que je sois passé par une phase de turbulences, j'ai fait amende honorable, je ne peux rien dire de plus», s'était défendu fin mars le docteur en physique des particules de 35 ans, en mettant ces mails «tangents» sur le compte de son «état de santé physique et psychologique» de l'époque, où il était en arrêt-maladie pour une hernie discale. Lors de son procès, les 29 et 30 mars, le prévenu avait épinglé à de multiples reprises des méthodes policières «malhonnêtes» et les «inexactitudes» de l'enquête menée par les juges antiterroristes.

Prêt à proposer des objectifs «en Europe et notamment en France»

Le 8 octobre 2009, Adlène Hicheur avait été interpellé à Vienne (Isère) chez ses parents, mis en examen et écroué pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste». Le coeur de l'accusation repose sur 35 messages électroniques échangés entre le chercheur et un certain Mustapha Debchi, responsable supposé d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). La défense conteste avec la dernière vigueur l'identité de ce mystérieux interlocuteur sur lequel se base l'essentiel des charges.

En mars 2009, Adlène Hicheur avait écrit à Debchi être prêt à proposer des objectifs «en Europe et notamment en France». Dix jours plus tard, il avait été plus loin et avait évoqué «un pur objectif militaire», la base aérienne de Cran-Gévrier, qui forme des soldats pour partir en Afghanistan. A l'audience du 30 mars, le prévenu avait minimisé ce message. «Il n'y a jamais eu de dévolu sur quoi que ce soit», s'était-il emporté. La base de Cran-Gévrier, «ça a été cité une fois, dans un contexte bien précis, en lien avec une actualité chaude, mais sans but précis. D'ailleurs, c'est apparu une fois et ce n'est plus jamais apparu.»

Un «conseiller technique en attentats»

Lors de son réquisitoire, le ministère public avait rétorqué que le prévenu n'était pas «un martyr de la lutte antiterroriste» mais bel et bien «un conseiller technique en attentats». Une semaine après l'épilogue des tueries de Toulouse et Montauban, le procureur Guillaume Portenseigne avait refusé tout amalgame et appelé le tribunal correctionnel à «mettre de côté le dossier Merah». Il avait engagé le tribunal à «se départir de ses préjugés: qu'un homme brillant ne saurait tomber dans les bras du terrorisme».

Car, avait-il continué, «l'histoire d'Adlène Hicheur se confond avec celle de l'obscurantisme religieux». Ainsi, «il est fier que Mustapha Debchi, terroriste de l'Aqmi, lui propose un attentat-suicide» dans un de ses courriels. «L'intelligence et la mesure ne sont pas forcément les deux faces d'une même pièce...» «La virtualité des échanges», avait encore prévenu le procureur, n'est pas «synonyme d'irresponsabilité pénale», comme le prouve la condamnation des pédopornographes. «Nous sommes comptables de nos mots et de nos actes, fussent-ils transmis par une communication électronique.»