Noyades d'étudiants: La consommation d'alcool montrée du doigt

ALCOOL Depuis 2010, une vingtaine de jeunes ont été retrouvés noyés après une soirée arrosée. Un phénomène en expansion?...

Claire Béziau

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Soirée alcoolisée d'étudiants.
Soirée alcoolisée d'étudiants. — DURAND FLORENCE/SIPA

Julien Teyssier reste introuvable depuis samedi. Après avoir écumé plusieurs bars avec un ami, le jeune croupier a disparu à proximité du quai Louis-XVIII, à Bordeaux. En dix mois, quatre jeunes ont été retrouvés noyés dans la capitale girondine.

Plus inquiétant, entre décembre 2010 et aujourd’hui, une vingtaine d’étudiants ou jeunes diplômés ont disparu dans les eaux de la Garonne, de la Deûle, de la Loire ou encore du Doubs. Maxime Le Bot, Vincent Zecca, Rémy Calméjane, Thomas Ducroo... Ils avaient pour la plupart entre 18 et 26 ans et à chaque fois, on retrouve le même scénario: soirée alcoolisée, puis noyade. A tel point que les plus folles rumeurs ont circulé, du serial killer au trafic d’organes.

«Des phénomènes marginaux qui reflètent la tendance générale»

C’est en réalité l’alcool qui est à l’origine de ces drames. Si le phénomène n’est pas nouveau, il s’amplifie. Alain Rigaud est psychiatre et président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA). Il cite les chiffres de l’Office français des drogues et toxicomanies (OFDT): 45% des ados de 17 ans ont admis s’être enivrés au moins une fois dans le mois en 2005. En 2010, ils étaient 53%. Ceux qui avouent au moins dix «cuites» dans le mois étaient 2,1% en 2005 contre 2,7% cinq ans plus tard.

«Les jeunes ne boivent pas plus qu’avant, mais de manière beaucoup plus massive, avec des ivresses plus fréquentes» résume Alain Rigaud. Pour lui, ces récentes noyades sont un peu la partie émergée de l’iceberg: «Ces phénomènes sont marginaux mais reflètent la tendance générale.»

«Entre trois et quatre grammes d’alcool dans le sang»

Xavier Pommereau, pédopsychiatre et spécialiste de l'adolescence en difficulté au CHU de Bordeaux, confirme cette surconsommation d’alcool chez les jeunes. «Je vois passer beaucoup plus de comas éthyliques qu’avant. Il s’agit d’un dépassement majeur des limites, on parle de trois à quatre grammes d’alcool.»

Les médecins évoquent également les endroits où ont lieu ces soirées meurtrières, souvent dans des quartiers réhabilités, le long des quais. Pierre-Yves Bouju, 23 ans, s’est noyé après une soirée arrosée au Hangar à bananes, une discothèque située sur le quai des Antilles à Nantes, réhabilité depuis 2007. Maxime Le Bot sortait d’une boîte de nuit située sur le quai réaménagé de Paludate, à Bordeaux.

Pour le moment, aucune victime féminine de la Garonne ou de la Loire n’est à déclarer. Le psychiatre s’attend toutefois à ce que, d’ici deux ou trois ans, la noyade consécutive à une soirée alcoolisée ne soit plus l’apanage des garçons.