Mise en examen d'un policier à Noisy-le-sec: La thèse de la légitime défense mise à mal

JUSTICE Un témoin et l'autopsie réalisée sur Amine Bentounsi contredisent la version du policier. «20Minutes» fait le point sur ces nouveaux éléments...

C. B. avec AFP

— 

Des policiers en colère contre la  mise en examen d'un collègue pour homicide, le 26 avril 2012.
Des policiers en colère contre la mise en examen d'un collègue pour homicide, le 26 avril 2012. — WITT/SIPA

Que dit le rapport d’enquête?

Le gardien de la paix aurait tiré «hors situation de légitime défense». C’est ce que déclare le rapport d’enquête qu’a pu se procurer le site internet du Point ce mercredi matin.

D’après de nouveaux éléments, le parquet retient également «l’existence de tirs volontaires mais incontrôlés».

Damien S., avait fait feu à quatre reprises sur le multirécidiviste Amine Bentounsi le 21 avril dernier à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). Il avait affirmé aux enquêteurs qu’Amine Bentounsi lui faisait face, et avoir agi en état de légitime défense.

Le rapport évoque cependant «un tir à distance sans autre lésion de violence, de prise ou de défense».

Qu’a révélé l’autopsie?

La victime est décédée d’une balle dans le dos. Les constatations médico-légales et le rapport du médecin légiste ont révélé «un tir quasi horizontal d'arrière en avant, quasi perpendiculaire à l'axe du corps».

Quelle est la version du témoin oculaire?

Un témoin de 53 ans a déclaré avoir vu un homme qui courait «à une dizaine de mètres» derrière Amine Bentounsi. «Il est arrivé de la même direction, sur le même trottoir... Le fuyard avait quelque chose dans la main. À ce moment-là, j'ai entendu une première détonation, suivie d'autres.» Le policier aurait tiré sur le multirécidiviste pendant qu’il le poursuivait, ce qui discrédite la thèse selon laquelle Amune Bentounsi aurait brandi une arme de poing face au fonctionnaire.

Le même témoin, dont le véhicule a été touché par l’une des balles, a également déclaré que le policier avait «tiré au jugé», c’est-à-dire sans viser, selon Le Parisien de ce mercredi.

Quelle est la situation du policier?

Le gardien de la paix a été muté à Grenoble (Isère) ce lundi et va continuer à toucher son salaire. Il a reconnu durant sa garde à vue «avoir tiré sans sommation». Me Daniel Merchat, son avocat, a fait connaître sa décision de faire appel de la mise en examen de son client.

A la suite de manifestations de nombreux policiers qui protestaient contre la mise en examen de leur collègue, l’affaire s’est invitée dans la sphère politique. Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen avaient prôné la création d’une «présomption de légitime défense». De son côté, François Hollande s’était prononcé sur le maintien du salaire des policiers tant que le jugement n’a pas eu lieu.

Quelle est la réaction des proches de la victime?

La famille d’Amine Bentounsi, qui s'est portée partie civile, demande à ce que «justice soit rendue sur la base des seuls faits» rapporte Le Parisien.

Me Samia Maktouf, avocate des parents de la victime, a souligné la probité du magistrat instructeur: «Il a su garder la tête froide, malgré la manipulation de l'opinion publique par les syndicats de police et les hommes politiques.»

Amine Bentounsi sera enterré à Meaux ce mercredi.