Les Marocains luttent pour leur retraite

Alexandra Bogaert

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Mohamed Lainouni (à g.) et Mohamed el Mansouri ne partiront à la retraite qu'à 65 ans.
Mohamed Lainouni (à g.) et Mohamed el Mansouri ne partiront à la retraite qu'à 65 ans. — Damien Dubuc / 20 Minutes

Au train où vont les choses, le bras de fer pourrait durer des années. Ce mercredi après-midi, le cas de 82 salariés marocains, ou d'origine marocaine, de la SNCF sera plaidé aux prud'hommes de Paris. En tout, 744 agents poursuivent leur employeur pour discrimination. Les premières plaintes ont été déposées en 2003.


«Tout esquinté»

Dans les années 1970, la SNCF avait besoin de main-d'œuvre bon marché pour entretenir son réseau. Elle est donc allée recruter environ 2 000 hommes au Maroc. Ces durs à la tâche ont signé un contrat de droit privé, « pour travailleur étranger ». Parce qu'ils sont Marocains, le statut de cheminot ou « cadre permanent » est hors de leur portée. Une clause de nationalité le réserve aux Français et ressortissants de l'UE de moins de 45 ans. « Mais le travail qu'ils effectuent est le même. Il y a discrimination », estime l'avocat des plaignants, Me Léopold Mendes.

Un cheminot part à la retraite à 55 ans, avec une pension calculée sur ses six derniers mois de salaire. A 62 ans, Mohamed Lainouni a consacré 38 années de sa vie à la SNCF. Quand il prendra sa retraite en 2015, il percevra 1 400 € pr mois. « Un cheminot qui fait le même travail que moi, partira après 37,5 ans de cotisation avec 1 600 €. » Cette injustice l'a décidé à porter plainte pour discrimination.

450 000€ par plaignant

Dimanche, il offrait le thé à deux autres plaignants. Mohamed El Mansouri, 63 ans, portera deux ans encore des charges de 60 kg. « On a l'air bien comme ça, mais à l'intérieur, on est tout esquinté », grimace Omar Nadi, un collègue en préretraite.

« Si on perd aux prud'hommes, on ira à la Cour européenne des droits de l'homme », prévient Mohamed Lainouni.

Aujourd'hui, Me Mendes réclame environ 450 000 € par plaignant à la SNCF. L'entreprise « ne commente pas des affaires en cours ». Elle « espère que cette affaire se règle au plus vite » même s'il n'est pas exclu que l'audience du jour soit, une nouvelle fois, repoussée.