Mise en examen d'un policier à Noisy-le-Sec: Où en est l'affaire?

C.B. avec AFP

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Des centaines de policiers en colère contre la  mise en examen d'un collègue pour homicide ont voulu manifester devant  le ministere de l'Intérieur.
Des centaines de policiers en colère contre la mise en examen d'un collègue pour homicide ont voulu manifester devant le ministere de l'Intérieur. — WITT/SIPA

Que s’est-il passé samedi soir à Noisy-le-sec ?

Un policier de 33 ans a tiré à quatre reprises sur un homme recherché pour vols à main armée. Ce dernier, qui est décédé, était l’objet d’un mandat d’arrêt pour n’avoir pas regagné la prison de Châteaudun (Eure-et-Loir) après une permission de sortie en juin 2010. Le policier a déclaré aux enquêteurs avoir agi par légitime défense, le fuyard l’ayant «visé en tendant son bras armé vers lui» et lui aurait lancé une grenade.

Quelles sont les charges retenues contre le policier ?

L’autopsie réalisée sur le braqueur contredit la version du policier. La victime aurait été mortellement touchée par une balle dans le dos, selon le parquet de Bobigny. De plus, un témoin en voiture a déclaré avoir vu une «scène de course poursuite (...) au cours de laquelle un homme faisait feu en direction d'un fuyard». Celui-ci n’aurait pas fait usage de son arme et la grenade qu'il a lancée «s'est révélée a posteriori inoffensive», indique le parquet qui n'a pas fait appel de la mise en examen du policier malgré la demande du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant.

Le policier a été placé lundi en garde à vue et déféré devant le parquet mercredi. Une information judiciaire a été ouverte pour «violences volontaires avec arme par une personne dépositaire de l'autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner». Mais le juge d’instruction a aggravé cette qualification. Le policier a été mis en examen pour «homicide volontaire». Sur Le Monde.fr, Nicolas Comte, secrétaire général d'Unité-SGP Police, explique que c’est cela qui a mis «le feu aux poudres». Par ailleurs, le policier mis en cause est délégué du syndicat.

Comment s’est déroulée la manifestation ?

C’est à l’appel de plusieurs syndicats que des centaines de policiers ont manifesté mercredi soir. Le Monde rapporte que plusieurs centaines de policiers se sont d’abord retrouvés devant la direction territoriale de la sécurité publique de Seine-Saint-Denis, à Bobigny, dès l’annonce de la mise en examen de leur collègue. Certains ont souhaité aller jusqu’au ministère de l’Intérieur, place Beauvau, à Paris. Toutes sirènes hurlantes, un cortège d’une centaine de voitures et motos banalisés ou siglées «police» ont descendu les  Champs-Elysées vers 21h30. Mais des barrages de police ont bloqué les manifestants en bas de l’avenue et ces derniers se sont dispersés «dans le calme».

Quelles sont les réactions au sein des partis politiques ?

Claude Guéant a reçu une délégation des trois syndicats de gardiens de la paix plus tard dans la soirée. Ils ont demandé à ce que le policier puisse continuer à toucher son salaire, selon Jean-Claude Delage, secrétaire général d'Alliance, deuxième syndicat de gardiens de la paix. Le ministre de l’Intérieur a défendu le fonctionnaire, en soulignant le principe de la présomption d’innocence. « J'espère que le parquet fera appel de cette qualification», a-t-il déclaré.

Le secrétaire national de l’UMP  Bruno Beschizza, ancien syndicaliste policier, a de son côté fustigé «certains juges» accusés de «n'appliquer que la présomption de culpabilité» en oubliant «la présomption d'innocence» face à «certains policiers». Il a ajouté: «le scandale en Seine-Saint-Denis, ce sont les voyous qui bénéficient trop souvent eux de la culture de l'excuse».

Libération.fr relève la «solidarité» de Marine Le Pen qui a exprimée son soutien à un «présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre concernant l’exercice de leurs fonctions sur le modèle de la gendarmerie nationale». François Hollande a reconnu quant à lui le travail «très difficile» effectué par la police dans un certains nombre de quartiers et a prôné dans de telles circonstances une «protection administrative» pour les policiers, afin de leur éviter de perdre leur salaire. Il a toutefois rappelé l’indépendance de la justice: «Elle est là, personne ne peut la mettre en cause et encore moins celui qui se présente au suffrage des Français pour être leur prochain président de la République», a-t-il observé dans Le Figaro.fr.