Les petits trafics des policiers du Nord pour agrémenter l'ordinaire

ENQUÊTE ans trois commissariats du Nord, des caisses noires auraient été alimentées par de l'argent provenant de la vente de saisies...

Mathieu Gruel

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A Lille, Tourcoing et Roubaix, des caisses noires auraient été alimentées avec l'argent de la vente des saisies.
A Lille, Tourcoing et Roubaix, des caisses noires auraient été alimentées avec l'argent de la vente des saisies. — JS EVRARD/SIPA

Il n'y a pas de petits profits. C'est ainsi que dans les commissariats de Lille, Roubaix et Tourcoing, des vélos, scooters et autres saisies diverses, auraient été revendus à des ferrailleurs, pour agrémenter l'ordinaire avec l'argent des ventes.

Une enquête vient en effet d'être ouverte par le Bureau des affaires judiciaires, de discipline et de contrôle (BAJDC) pour tenter de faire la lumière sur ce système, qui aurait été mis en place depuis au moins trois ans.

Système de caisses noires

«On a appris ça par des collègues, qui ont été témoins de choses bizarres...», rapporte Christophe Bonvallet, secrétaire régional UNSA Police, interrogé par 20 Minutes. Le policier, qui parle de «caisses noires», condamne d'ailleurs un système opaque, que certains des plus hauts responsables des commissariats visés ne pouvaient ignorer, selon lui. «A Lille, le chef de service aurait même été responsable de la gestion du registre des comptes de cette caisse, elle-même confiée à une officier», laisse-t-il entendre.

Dans la pratique, des objets saisis lors d'enquêtes, et destinés à la destruction, auraient ainsi emprunté une autre voie. Un ou deux ferrailleurs auraient en effet été contactés pour les récupérer, en échange d'argent. «Si cette argent a servi à acheter des crayons, ok… Mais qui dit qu'il n'y a pas eu enrichissement personnel?», s’inquiète le fonctionnaire.

«Budget tellement contraint»

En moyenne, entre 1.000 à 3.000 euros se seraient ainsi régulièrement retrouvés dans ces caisses, destinées au financement de lampes, GPS de voitures…. «A priori, cela servait à l'achat de petits matériel», confirme à 20 Minutes Eric Mildenberger, le secrétaire national d'Alliance, qui parle d’«une sorte de système D, venant compenser un budget tellement contraint.»

Car «entre 2009 et 2012, le budget a baissé de 30 à 40%. Actuellement, on manque de chaises, de voitures...», alerte en effet Fabrice Danel, le secrétaire départemental d'Unité-SGP Police. Mais, «ce que l'on dénonce à travers cette histoire, c'est surtout qu'on est descendu bien bas. C’est alarmant!»

«Pourquoi ne pas légiférer?»

Et si le manque de budget semble unanimement reconnu, la méthode de ces caisses noires l’est tout autant. «On ne peut pas faire la chasse aux délinquant et ne pas être irréprochables nous-mêmes», avance en effet Christophe Bonvallet.

Mais ce système occulte, «voué à disparaître», souligne d’ailleurs Eric Mildenberger, n’est pas sans poser question de la gestion des saisies. «Pourquoi ne pas légiférer?», s’interroge en effet Christophe Bonvallet. «Puisque l’on manque de voitures, pourquoi ne pas nous permettre l’utilisation de certains véhicules saisis par exemple.» Peut-être une piste, pour éviter de voir fleurir de nouvelles caisses noires dans les commissariats.