Règlements de comptes sur l'île de Beauté

William molinié

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Il y a eu 22 homicides et tentatives pour 300 000 habitants en Corse en 2011 (archives).
Il y a eu 22 homicides et tentatives pour 300 000 habitants en Corse en 2011 (archives). — J. PAOLI / SIPA

Vingt-deux homicides et tentatives pour 300 000 habitants en 2011. Un record en Europe que François Hollande ne s'était pas privé de souligner lors de sa visite en Corse en mars dernier, taclant au passage l'échec de la politique de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité. Le candidat UMP répliquera ce vendredi en tenant meeting au Palais des Congrès d'Ajaccio.

« Une erreur de cible »
Ce rendez-vous, à neuf jours du premier tour, intervient dans un contexte de violences sur l'île. Depuis le début de l'année, six personnes ont été tuées par arme à feu. Derniers en date, Joseph Sisti et son beau-frère, Jean-Louis Chiodi, anciens dirigeants et militants nationalistes, exécutés de sang-froid dimanche 8 avril près d'Aléria (Haute-Corse). A Ajaccio, deux explosions se sont produites ces derniers jours, tuant dimanche un restaurateur a priori sans histoire. « Une erreur de cible », selon une source judiciaire. « Il n'y a pas de revendication ni de message politique dans ces meurtres. Ce sont des règlements de comptes, analyse Wanda Dressler, chercheuse attachée au CNRS*. La violence a changé de camp depuis, en passant du camp des nationalistes aux mafieux », poursuit-elle. Ce regain de violences a démarré il y a six ans après la mort dans un accident de la route de Jean-Jérôme Colonna, considéré comme le « parrain » en Corse du Sud. « Son absence a laissé un vide dans lequel beaucoup veulent s'engouffrer », explique une source policière. Au nord de l'île, le clan de La Brise de mer – du nom d'un bar de Bastia – s'entredéchire. « On assiste à une restructuration du milieu avec des jeunes qui veulent se tailler une place chez les grands », commente un policier. Une nouvelle génération qui n'hésite pas à « tirer en plein jour », « dans les espaces publics », au risque de « faire des victimes collatérales ». « Ce n'est pas la griffe des nationalistes. On n'a rien à voir avec tout ça, assure anonymement un cadre d'une organisation indépendantiste corse, joint au téléphone. Certaines personnes se font descendre devant leurs proches. Lors des règlements de comptes entre nationalistes, on ne voyait jamais ça. »