Raymond Aubrac, résistant de 1940 à sa mort

PORTRAIT Raymond Aubrac était l'un des derniers cadres de la Résistance encore en vie. Même après la Seconde Guerre mondiale, il a oeuvré toute sa vie pour la promotion des valeurs républicaines...

Bérénice Dubuc avec agences

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Le résistant Raymond Aubrac, le 3 mars 2008, à Paris.
Le résistant Raymond Aubrac, le 3 mars 2008, à Paris. — P.ROSSIGNOL / REUTERS

Raymond Aubrac, le dernier grand témoin de la résistance à l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, s’est éteint mardi soir à l'âge de 97 ans à l'hôpital militaire du Val de Grâce. Raymond Samuel, de son vrai nom, était né le 31 juillet 1914 à Vesoul, en Haute-Saône, dans une famille juive. Ingénieur civil des Ponts et Chaussées, licencié en droit et titulaire d'un Master of Science de l'université d'Harvard, aux Etats-Unis, il s'est engagé dans la Résistance dès 1940, avec sa femme Lucie, épousée en 1939, participant à la création du mouvement Libération-Sud.

«Dès le premier jour, dès l'appel du 18 juin 1940 dans lequel de Gaulle a expliqué que la perte d'une bataille ne voulait pas dire que nous avions perdu la guerre, une seule chose nous a guidés: l'optimisme, la conviction qu'en nous engageant, nous pouvions changer les choses», a-t-il raconté dans un entretien au Monde de mars 2011.

Légende de la Résistance

Le 21 juin 1943, il est arrêté à Caluire, dans le Rhône, avec Jean Moulin et d'autres chefs de la Résistance par la Gestapo, dirigée pour la région de Lyon par Klaus Barbie. Emprisonné à Montluc, Raymond Aubrac et quatorze résistants seront libérés grâce à une opération spectaculaire montée par Lucie, alors enceinte de leur deuxième enfant, qui entrera dans la légende de la Résistance et du cinéma, ce combat pour sauver son mari ayant été l'objet du film réalisé par Claude Berri, Lucie Aubrac, sorti en 1997. Recherché par la Gestapo, le couple quitte la France pour Londres.

Cependant, le combat de Raymond Aubrac ne s’est pas arrêté à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En juin 1944, il devient délégué à l'Assemblée consultative à Alger, puis, à la Libération, commissaire régional de la République à Marseille, responsable du déminage du littoral, puis inspecteur général à la Reconstruction.

En 1948, il tire un trait sur sa carrière de haut-fonctionnaire pour fonder le Bureau d'études et de recherches pour l'industrie moderne (BERIM), spécialisé dans le commerce avec les pays communistes, qu'il a dirigé pendant dix ans avant de prendre la direction de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), de 1964 à 1975.

«Si vous partez battus, vous n'arriverez à rien; si vous vous battez, alors vous aurez peut-être une chance d'arriver à quelque chose»

Grand officier de la Légion d'honneur, Croix de guerre 39-45, rosette de la Résistance, Raymond Aubrac faisait partie des Compagnons de la Libération, dont moins d'une trentaine sont encore en vie. Il s’est rendu pendant des années dans les collèges et les lycées français en compagnie de sa femme pour témoigner et raconter la Résistance.

«Voici ce que je dis aux jeunes: si vous partez battus, vous n'arriverez à rien; si vous vous battez, alors vous aurez peut-être une chance d'arriver à quelque chose», a-t-il déclaré au Monde en mars 2011. En mars 2004, il avait, avec de nombreux autres anciens résistants, lancé un «Appel à la jeunesse» «à faire vivre et transmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle» car «le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l'intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales».

«Pour lui, la liberté, l'égalité et la fraternité n'étaient pas des vains mots»

Citoyen engagé, Raymond Aubrac avait été ovationné en février 2008 après un discours défendant la laïcité, lors du meeting de campagne de Bertrand Delanoë pour les élections municipales. Plus récemment, il avait pris position dans la campagne présidentielle en faveur du candidat socialiste, François Hollande.

Pascal Convert, son biographe, a indiqué ce mercredi sur BFM TV qu’«on doit retenir l’image de quelqu’un d’engagé, de fidèle à ses convictions, de profondément solidaire. C’était quelqu’un qui croyait aux utopies et qui les a mises en œuvre.» Son petit-fils, Renaud Helfer-Aubrac, a pour sa part évoqué sur Europe 1 «un grand-père très attentif, d'une insatiable curiosité, et qui avait les valeurs républicaines chevillées au corps». «Pour lui, la liberté, l'égalité et la fraternité n'étaient pas des vains mots, bien au contraire.»