Meurtres en série dans l'Essonne: Michel C., «mythomane», handicapé, et commanditaire de crimes?

PORTRAIT Incarcéré pour l'assassinat de son ex-compagne depuis fin novembre, ce quinquagénaire clame son innocence après être pourtant passé aux aveux lors de sa garde à vue...

Enora Ollivier, avec William Molinié

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Le parking de Juvisy-sur-Orge où ont été tués Nathalie D. et Jean-Yves B., les deux premières victimes des meurtres en série dans l'Essonne.
Le parking de Juvisy-sur-Orge où ont été tués Nathalie D. et Jean-Yves B., les deux premières victimes des meurtres en série dans l'Essonne. — J.MARS/JDD/SIPA

Un menteur invétéré ou un gentil voisin toujours prêt à rendre service? Michel C. a été entendu une nouvelle fois ce mercredi  par un juge d’instruction d’Evry, dans le cadre de l’enquête sur les quatre meurtres commis dans l’Essonne depuis fin novembre 2011. Cet homme de 46 ans est actuellement incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis pour l’assassinat de Nathalie D., la première victime de la série.

>> Le point sur l'enquête

L’homme avait entretenu une relation amoureuse avec cette laborantine de 35 ans, tuée par balles le 27 novembre, à Juvisy-sur-Orge.  En garde à vue, il a admis n’avoir pas supporté qu’elle mette fin à leur liaison et avoir souhaité l’éliminer, avant de se rétracter devant le juge. Depuis, il clame son innocence.  Mis en examen le 3 décembre, Michel C. a été immédiatement placé en détention provisoire. Il est donc, de fait, mis hors de cause dans les trois meurtres des 22 février, 17 mars et 5 avril 2012.

«Une grande gueule»

Seulement, les enquêteurs pensent que, s’il n’est pas l’auteur des trois crimes, il pourrait en être le commanditaire. D’autant que la seconde victime, Jean-Yves B., était un voisin de Nathalie D. C’est lui qui a découvert le corps de la trentenaire et aurait orienté les policiers vers Michel C. Les enquêteurs s’interrogent ainsi sur «les connexions, la famille et les amis» du suspect. Et sont confrontés à un homme à la personnalité complexe, présenté  par certains de ses proches comme un «mythomane». «Mythomane, c’est un bien grand mot, je le décrirais plutôt comme une grande gueule», tempère auprès de 20 Minutes une de ses connaissances, qui fréquentait le même bar que lui, à Bois-Colombes.

C’est dans cette petite ville des Hauts-de-Seine que vivait le quadragénaire, à une trentaine de kilomètres de l’endroit où a été tuée la première victime. Depuis qu’il est incarcéré, l’appartement qu’il occupait, au premier étage d’un immeuble HLM en comptant sept, est occupé par son frère.

Selon la procureure de la République d’Evry, Marie-Suzanne Le Quéau, Michel C. est un travailleur handicapé, sans emploi au moment des faits. D’après des voisins, ce père d’un enfant de 5 ans vit effectivement de petits boulots. «Il m’a dépanné plusieurs fois pour des histoires de lavabo. C’est plutôt un mec manuel», raconte à 20 Minutes sa voisine de palier. Mais, selon elle, l’homme n’était pas handicapé, ni déficient. «Il est tout à fait normal», affirme-t-elle, décrivant quelqu’un de «petit» et souffrant d’un «mal de dos».

«Il n’a jamais tenu d’armes dans la main»

En tout cas, pense la voisine, «il n’est pas capable de faire ça». Par «ça», comprenez: tirer à sept reprises sur son ancienne compagne. C’est précisément ce que le principal intéressé clame depuis sa cellule de prison, et a même entamé une grève de la faim.«Il explique une chose: il n’a jamais tenu d’armes dans la main», a déclaré son avocate, Me Nadine Meydiot, sur France Bleu 107.1, mardi. Selon la défenseur, Michel C. est en prison «pour rien» et estime que ses aveux initiaux pourraient s'expliquer par «les conditions de sa garde à vue».

L’audition de ce mercredi a permis au suspect de donner à nouveau au juge sa version des événements - «Il est toujours sur sa ligne de défense, à savoir qu'il est innocent, qu'il n'a pas d'arme, qu'il n'a pas tenu cette arme-là et qu'il ne comprend pas pourquoi on fait l'amalgame avec celui qui est dehors», a indiqué son avocate. Quant au magistrat, il aura peut-être pu voir plus clair dans ce dossier qu’une source judiciaire a qualifié auprès de 20 Minutes d 'une des «affaires les plus énigmatiques depuis 25 ans».