Pédophiles: «La plupart ne savent pas à qui s'adresser»

SOINS L'association L'Ange bleu met en lien les pédophiles et les victimes pour tenter de surmonter l'horreur de l'agression...

Vincent Vantighem

— 

Sofia (de dos) et Latifa Bennari, de l'Ange Bleu (à dr.), lors d'un groupe de parole.
Sofia (de dos) et Latifa Bennari, de l'Ange Bleu (à dr.), lors d'un groupe de parole. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Il y a d'abord eu la souffrance qui embue les yeux de larmes. Puis, la colère qui hérisse le poil et rosit les joues. Le soulagement, enfin, qui délivre le cœur d'un poids bien trop lourd. En trois petites heures, Sofia est passée par tous les états. Quand on lui a donné la parole, elle a commencé par se présenter. «J'ai été abusée par un ami de mon père quand j'avais 5 ans. J'en ai aujourd'hui 36. Et je ne trouve pas de solution. Je ne sais plus quoi faire. Je n'arrive pas à vivre…»

Face à elle, ni psy ni prêtre. Mais bien des pédophiles. Il y a Jules qui a fait un séjour en prison pour le viol de sa fille. Maxime, grand consommateur d'images pédopornographiques sur Internet. Ou encore Claude et Thérèse qui s'apprêtent à passer devant une cour d'assises. Le premier pour «viol par ascendant». La seconde, qui n'est autre que sa femme, pour «non-dénonciation de crime». L'attelage est surréaliste. Tout autant que le sous-sol du restaurant oriental où se déroule la rencontre.

«Je voudrais bien aimer les femmes de 35 ans...»

Latifa Bennari ressert une tasse de thé à la menthe et fait passer les assiettes de pâtisseries. Présidente de l'Ange Bleu, elle organise ces «groupes de parole» pour les victimes de pédophilie, mais aussi les auteurs de faits et ceux qui craignent de passer à l'acte. «La plupart ne savent pas à qui s'adresser…» Depuis qu'il est passé «dans la machine à broyer judiciaire», Jules est devenu un habitué des lieux. «Moi, j'ai agressé ma fille quand mon couple a explosé», confie-t-il à Sofia. «Comment peut-on faire subir ça à un enfant?» La jeune femme n'a pas osé poser la question. Mais tout le monde tente d'y répondre, sans occulter l'horreur. «Dans ma famille, on ne pouvait pas être homo, lâche à son tour Hughes. Je voudrais bien aimer les femmes de 35 ans. Pas de bol, ce sont les ados de 12 ans…»

A l'autre bout de la tablée, Maxime sort de son silence: «En garde à vue, j'ai compris que je consultais des sites pédophiles parce que j'avais été agressé, étant enfant. Je ne m'en souvenais plus.» Sofia écoute et réalise qu'il lui faut remonter aux sources du mal. «Quand je vous écoute, je me rends compte que j'ai besoin de revoir mon agresseur…» C'était il y a trois semaines. Depuis, Latifa Bennari a «arrangé» un rendez-vous. «Sofia a déposé son fardeau à ses pieds. Elle va enfin se reconstruire…»

www.ange-bleu.com