Qui était Richard Descoings, ce promoteur de l'«innovation en permanence»?

PORTRAIT Enarque et conseiller d'Etat, le brillant et inventif directeur de l'IEP de Paris est décédé à New York à l'âge de 53 ans...

Corentin Chauvel

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Le directeur de l'Institut d'études politiques de Paris, Richard Descoings, le 2 juin 2009, au palais de l'Elysée, à Paris.
Le directeur de l'Institut d'études politiques de Paris, Richard Descoings, le 2 juin 2009, au palais de l'Elysée, à Paris. — P.WOJAZER / REUTERS

Les sombres circonstances du décès de Richard Descoings dans un hôtel de New York mardi tranchent avec la carrière lumineuse menée par le directeur de l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris et conseiller d’Etat.

Né en 1958, Richard Descoings est passé par les plus prestigieux lycées de Paris (Montaigne, Louis-le-Grand, Henri IV) avant de débuter ses études, à la fin des années 1970, dans l’IEP qu’il dirigera une quinzaine d’années plus tard. C’est l’Ecole nationale d’administration (ENA) qui l’a ensuite accueilli dans les années 1980 afin de le préparer à un premier poste au Conseil d’Etat.

Quatre mandats à Sciences Po Paris

En 1991, il a travaillé comme conseiller au cabinet du ministre délégué au Budget, Michel Charasse, avant d’être chargé de mission pour le ministre de l'Education nationale et de la Culture, Jack Lang, l’année suivante. Mais c’est principalement à Sciences Po Paris que Richard Descoings a marqué les esprits, prenant la direction de la grande école en 1996 après plusieurs années comme directeur adjoint puis membre du conseil de la direction. 

Elu durant quatre mandats, dont le dernier avait début il y a un an, Richard Descoings a su y appliquer son credo: «L’innovation en permanence». Parmi les grands chantiers lancés avec succès par «Ritchie D.» («riches idées»), comme le surnommaient ses élèves, passés de 4.500 à 10.000 en dix ans, on retrouve notamment l’ouverture de l’IEP aux étudiants étrangers (40% aujourd’hui en second cycle), la professionnalisation des filières, le passage de la scolarisation en cinq ans, la création d’autres IEP en province et de sa propre école de journalisme en 2003.

Révolution dans les ZEP

Son coup de force majeur, révolutionnaire bien que controversé, est l’association de Sciences Po Paris avec des lycées issus des Zones d’éducation prioritaire (ZEP), permettant à quelques-uns de leurs élèves d’intégrer chaque année depuis 2006 l’établissement d’élite grâce à un processus spécial. Par cette initiative, «il a fait craquer les coutures de l’ancien habit de Sciences Po», confie à 20 Minutes Jean-Pascal Picy, vice-président de l’association des anciens élèves.

Dans son livre, Sciences Po, de la Courneuve à Shanghai, paru en 2007, Richard Descoings se justifiait en estimant que «l'égalité formelle de traitement (dans l'éducation des jeunes) n'est pas la garantie de l'égalité des chances, et encore moins de la justice et de l'équité». Il s'en prenait également à cette «égalité républicaine qui permet d'exclure sans bruit et en toute bonne conscience les non-initiés».

«Son ambition dépassait la formation d’une certaine élite»

Se plaçant au-dessus des clivages politiques traditionnels, l’inventif directeur de l’IEP de Paris a été chargé par Nicolas Sarkozy d'engager une concertation pour préparer une réforme des lycées dont le rapport, remis à l'Elysée en juin 2009, a été à l'origine de celle appliquée à la rentrée 2010. «C’était la reconnaissance d’une vraie expertise, l’ambition de Richard Descoings dépassait la formation d’une certaine élite», souligne Jean-Pascal Picy.

Le directeur de l’IEP de Paris a fait l’objet d’une dernière polémique en décembre dernier, Mediapart révélant son salaire net de 25.000 euros par mois ainsi que des «superbonus», soit largement plus que les autres directeurs d’université. Il a confirmé ces informations un mois plus tard dans Libération, estimant qu’il ne se trouvait pas trop payé.

Parmi les prochains projets que poursuivait Richard Descoings, le développement de l’Idex (Initiatives d'excellence du Grand emprunt) Paris-Cité-Sorbonne dont il était devenu le directeur exécutif il y a quelques jours.