Les bleus de travail de Michel ont tué sa femme

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Michel Salard, victime de l'amiante.
Michel Salard, victime de l'amiante. — P. MAGNIEN / 20 MINUTES

Michel Salard a désormais tout le temps pour profiter de sa terrasse ensoleillée de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône). Mais ce lieu lui rappelle trop de mauvais souvenirs. Pendant dix-neuf ans, c'est précisément sur cette terrasse que sa femme a secoué ses bleus de travail pour en faire tomber les poussières d'amiante avant de les passer en machine. « Elle a tout respiré. Elle est morte le 1er novembre d'un cancer de la plèvre après trois années de souffrance », raconte l'octogénaire. Chef d'équipe dans l'usine Eternit Caronte-Martigues pendant vingt-deux ans, Michel Salard n'a pas découvert ce problème l'an dernier. « J'étais membre du comité central de sécurité de la boîte, poursuit-il. Je me suis battu pendant vingt ans pour que l'on dispose d'une laverie. » Dans l'atelier, la fibre blanche voletait partout. Sur les habits. Dans les cheveux. Jusqu'à l'intérieur de la bouche et des narines. « J'avais six gars sous mes ordres. Ils étaient chargés de redécouper les plaques d'isolant cassées. » Quand on lui demande s'il a encore des contacts aujourd'hui, le vieil homme répond du tac au tac : « Bien sûr ! Je passe les voir régulièrement au cimetière. Ils sont tous morts ! » Michel, lui, est atteint de plaques pleurales. « J'attends maintenant la bronchite et le cancer… »V. V.