C'est quoi un islamiste?

DÉCRYPTAGE es milieux islamistes sont au coeur de l'actualité ces dernières semaines depuis l'affaire Mohamed Merah, mais ils ne sont pas tous similaires...

Corentin Chauvel

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Le leader du mouvement islamiste radical Forsane Alizza, Mohamed Achamlane, lors d'une manifestation à Paris, le 27 janvier 2012.
Le leader du mouvement islamiste radical Forsane Alizza, Mohamed Achamlane, lors d'une manifestation à Paris, le 27 janvier 2012. — F.DUFOUR / AFP

Après l’affaire Mohamed Merah et les dernières opérations policières à l’encontre du mouvement Forsane Alizza, l’islamisme est de retour sur le devant de la scène en France. Pourtant, ce terme englobe différents courants de pensée qui ne sont pas tous à risques, même si la façon dont certains islamistes pratiquent leur culte provoque des inquiétudes.

«L’islamisme, c’est une idéologie au même titre que le capitalisme ou le marxisme», définit Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université Toulouse II, joint par 20 Minutes. Et les islamistes «se revendiquent de la religion dans la conduite des affaires de l’islam», ajoute-t-il. «Ce sont des musulmans qui prennent prétexte de l’islam pour en faire une arme politique», renchérit Malek Chebel, anthropologue des religions, contacté par 20 Minutes, et notamment auteur de L’islam pour les nuls (First, 2008). En France, l’écrivain tient à rappeler qu’«il y a des musulmans à 99% et 1% d’islamistes.»

Trois tendances: Frères musulmans, salafistes, djihadistes

Dans ce petit pourcent restant, trois tendances se dégagent. Il y a l’islam modéré des Frères musulmans «qui acceptent la modernité et en tiennent compte dans la vie des fidèles», explique Mathieu Guidère.

Les salafistes composent la deuxième tendance, majoritaire en France. Ceux-ci refusent la modernité et entendent «restaurer l’islam qui était au début», décrivent nos experts. «Ils veulent revenir à la vie des premiers musulmans, du prophète et de ses compagnons, au 7e siècle», précise Mathieu Guidère. Selon Malek Chebel, ce courant, «pas forcément dangereux, mais très réaliste», composé de «rêveurs et d’utopistes», regroupe également en son sein les fondamentalistes et les orthodoxes conservateurs.

Sauf que «les salafistes peuvent provoquer des vocations», indique le philosophe. C’est ainsi que se détache une autre catégorie d’islamistes «qui veulent faire plus»: les djihadistes. «Ce sont ceux qui manipulent l’islam pour en faire une arme de guerre en prônant le djihad («guerre sainte»)», souligne Malek Chebel. «Les djihadistes pensent qu’il n’y a pas d’autres moyens que la force et la violence pour s’imposer car les musulmans modérés et les Occidentaux ne les laisseraient pas faire», indique encore Mathieu Guidère. Parmi eux on retrouve notamment les prédicateurs et autres idéologues «qui enfument les jeunes», selon Malek Chebel.

«L’islamisme radical est archi-marginal partout»

Malgré le nouveau coup de projecteur placé sur de possibles agissements terroristes d’islamistes français, Malek Chebel réfute toute recrudescence des mouvements radicaux de l’islam en France. «C’est de l’enfumage public», déplore l’expert. «On connaît très bien, et depuis longtemps, ces catégories qui sont surveillées», ajoute-t-il.

«L’islamisme radical est archi-marginal partout, ce n’est pas un phénomène massif, mais ce n’est pas un problème de nombre. On a bien vu qu’il suffit d’une seule personne pour instaurer un climat de terreur», renchérit Mathieu Guidère. «Il y a juste eu un tournant avec le printemps arabe qui a vu les islamistes se sentir pousser des ailes, avec l’idée qu’ils étaient majoritaires», explique encore le chercheur.

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