Qui sont vraiment les islamistes placés en garde à vue?

SÉCURITÉ rmi eux, une majorité de Français, certains avaient des antécédents judiciaires, d'autres non...

Corentin Chauvel avec agences

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Des membres du GIPN après un coup de filet dans les milieux islamistes, à Couëron (Loire-Atlantique), le 30 mars 2012.
Des membres du GIPN après un coup de filet dans les milieux islamistes, à Couëron (Loire-Atlantique), le 30 mars 2012. — J.S. EVRARD / AFP

La garde à vue de 16 des 17 personnes interpellées vendredi lors d'un coup de filet mené par la police dans les milieux islamistes de plusieurs villes de France, a été prolongée ce lundi. L’une d’entre elles a été relâchée et trois autres, dont Mohamed Achamlane, leader de Forsane Alizza («Les cavaliers de la fierté»), vont être présentées aux juges d'instruction antiterroristes chargés du dossier.

Plusieurs des suspects interpellés sont membres ou sympathisants de ce groupement islamiste radical, dissous en février dernier par le ministère de l'Intérieur. Fondé en 2010, Forsane Alizza, adepte de l'agitprop et du Web, menait des actions épisodiques, notamment contre la loi sur le voile intégral, destinées à être filmées et diffusées sur l’Internet. «Malgré leur dissolution et l'arrêt de leur site Internet, ils poursuivaient leurs activités», a indiqué samedi Bernard Squarcini, le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Selon des sources policières, ses militants sont une poignée, «une centaine, peut-être un peu moins». Ils étaient sous surveillance depuis octobre dernier.

Le QG en région nantaise

Selon Bernard Squarcini, les personnes placées en garde à vue sont «des Français» (à l'exception d'un Algérien, ndr), les «meilleurs» du groupuscule dont le quartier général se situe dans la région de Nantes (Loire-Atlantique). Outre Mohamed Achamlane, 34 ans, figure notamment parmi eux Samir A., 23 ans, un «illuminé violent» du Gard, un père de famille de 36 ans, «discret mais poli» de Villeurbanne (Rhône), deux Toulousains, dont un assistant-ingénieur de 35 ans et un agent de sécurité du métro de 23 ans qui ne fréquentait plus la mosquée, ou encore deux Marseillais, un homme d'une trentaine d'années qui portait une tenue religieuse traditionnelle et sa mère, «voilée de la tête aux pieds» et récemment convertie à l'islam.

Parmi ceux présentant des antécédents judiciaires, il y a ainsi un Algérien de 49 ans originaire de Givors (Rhône), qui portait un turban et était entièrement vêtu de noir comme toute sa famille, selon une voisine. En 2010, il avait été condamné à deux ans de prison dont un ferme pour avoir privé de soins ses cinq enfants qui ne sortaient jamais, étaient privés d'école et carencés en vitamine D par manque d'exposition au soleil. Arrêté à Asnières (Hauts-de-Seine), Willy Brigitte, un Guadeloupéen de 43 ans converti à l’islam, a lui aussi été condamné. C’était en 2007 pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Après avoir étudié à la fin des années 1990 dans une école coranique du Yémen, il avait été remis par l'Australie à la France en 2003, accusé de vouloir commettre un ou plusieurs attentats en Australie.

Entraînement physique à base de paintball et de jogging

Au total, ce sont cinq fusils, trois kalachnikovs, quatre pistolets automatiques et un gilet pare-balles qui ont été saisis dans certains domiciles perquisitionnés vendredi, selon le ministre de l'Intérieur. Si les kalachnikovs saisis étaient hors d'usage, les armes de poing, dont certaines de gros calibre, étaient elles opérationnelles. Pour Claude Guéant, ces armes «confirment le caractère dangereux» du groupe Forsane Alizza. «Nous savons grâce au travail de la DCRI que ses membres pratiquaient des entraînements physiques hebdomadaires qui peuvent s'apparenter à des séances paramilitaires», a-t-il ajouté. Aucune n’a toutefois été effectuée à l’étranger, comme au Pakistan.

Les séances sportives de ce «groupe d’une véritable dangerosité» ont été détaillées par Bernard Squarcini: «Ils continuaient à suivre un entraînement physique, dans les parcs, les bois et recherchaient des armes. Certains pratiquaient le paintball, d'autres faisaient du jogging, comme de jeunes cadres dynamiques.»

Leur objectif? «Faire le djihad (la guerre sainte) en France. Ils voulaient nommer des émirs dans chaque région. Ce qui était important à leurs yeux, c'était de se structurer de façon solide. Il y avait des séances collectives d'aguerrissement, avec un discours très violent, un endoctrinement religieux. Ils semblaient préparer un enlèvement.» Pour sa part, Mohamed Achamlane, réfute de son côté «toute intention terroriste», a indiqué son avocat nantais à Presse Océan. «Il dénonce la tentative de récupération médiatique et politique, orchestrée en pleine période électorale», a-t-il ajouté. 

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