Affaire Mohamed Merah: Où en est l'enquête?

Vincent Vantighem et William Molinié

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La police encercle le domicile du suspect des tuerie de Toulouse et Montauban sont évacués. A Toulouse, le 21 mars 2012.
La police encercle le domicile du suspect des tuerie de Toulouse et Montauban sont évacués. A Toulouse, le 21 mars 2012. — FRED SCHEIBER/20 MINUTES

Combien de personnes ont été interpellées?

Depuis le début de l’affaire, trois personnes ont été interpellées. Il s’agit de la mère de Mohamed Merah, de son frère Abdelkader et de sa belle-sœur, Yamina Mesbah. A l’issue de leur garde à vue, la mère et la belle-sœur ont été remises en liberté. Seul Abdelkader Merah a été mis en examen pour « complicité ». Il a été écroué, dimanche soir, à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne) où il est placé à l’isolement. «Il ne peut croiser aucun autre détenu dans la prison et est constamment accompagné par deux surveillants pour aller dans la cour de promenade», confie une source pénitentiaire. Selon nos informations, ses proches se sont d’ailleurs rendus, mercredi, sur le parking de la prison. Après avoir pris des renseignements à la Maison d’accueil des familles des détenus, ils ont tenté, sans succès, de lui faire passer en cellule un exemplaire du Coran ainsi que des vêtements.

Qu’a dit Abdelkader Merah aux enquêteurs?

Le frère du tueur au scooter a nié avoir assisté son frère dans les tueries de Toulouse et de Montauban. Selon nos informations, il a seulement reconnu qu’il était présent, le 6 mars, lors du vol du scooter T-Max. Il a même précisé qu’ils étaient trois à ce moment-là. «Ils circulaient en voiture», confie une source judiciaire. Mohamed leur aurait demandé de le déposer à un coin de rue. Il serait revenu quelques instants plus tard avec le deux-roues. Abdelkader aurait, en revanche, refusé de livrer le nom de la troisième personne qui était présente à ce moment-là.

Mohamed Merah a-t-il agi seul?

C’est cette question que se posent toujours les enquêteurs. Ils se demandent ainsi si Mohamed a bénéficié d’une aide quelconque dans la réalisation de ses projets meurtriers. Ou s’il a agi en «loup solitaire». Abdelkader, son frère, a reconnu qu’ils étaient trois au moment du vol du scooter. D’autre part, les enquêteurs cherchent à savoir comment le colis contenant la vidéo des tueries est parvenu au siège parisien d’Al-Jazira. «Le cachet de La Poste indique qu’il a été poste le mercredi 21 mars depuis le centre de tri de Castelnau-d’Estrétefonds, à 20 km de Toulouse», assure une source policière. Ce jour-là, Mohamed Merah était cerné par le Raid. Impossible pour lui de l’avoir envoyé. A moins qu’il ne l’ait fait la veille, avant d’être surveillé. Dernière option, le colis a été posté par un complice après la dernière tuerie dans le collège juif.

Rien n’indique, pour le moment, que le troisième homme qui aurait été présent lors du vol du scooter est celui qui aurait pu posté la vidéo des crimes. Ainsi, les policiers s’interrogent toujours sur la présence dans le dossier d’un troisième, d’un quatrième voire de plusieurs autres hommes.

La voiture retrouvée mercredi soir a-t-elle un lien avec l’affaire?

«On a rapidement compris que c’était sans intérêt pour l’enquête», confie une source policière. Découverte à Saint-Papoul, mercredi soir, la Clio blanche n’a finalement aucun lien avec l’affaire. A l’aide de la plaque d’immatriculation, les gendarmes étaient parvenus à identifier le propriétaire comme étant quelqu’un qui vivait dans la même rue que Mohamed Merah à Toulouse. «Mais cette voiture n’appartient plus à cette personne depuis longtemps, poursuit notre source policière. Ce n’est qu’un malheureux concours de circonstance.»

Doit-on s’attendre à de nouvelles interpellations?

«On ne va pas s’arrêter à une seule incarcération», confie une source policière. Sauf que depuis une semaine, rien n’a filtré de l’activité des services anti-terroristes. «Il ne faut pas oublier que nous avons bouclé cette affaire en dix jours, précise une source policière. D’habitude, nous prenons beaucoup plus de temps pour effectuer le travail d’enquête en amont. Vu l’urgence, on ne l’a pas fait dans cette affaire. Il nous prend donc du temps maintenant.»

La police s’intéresse-t-elle à «la filière de Toulouse»?

Depuis le début de l’enquête, les policiers refusent de livrer le moindre nom des personnes qui pourraient avoir été en lien avec Mohamed Merah. Mais plusieurs noms, dans la mouvance islamique toulousaine, circulent déjà. Entre 2005 et 2007, une filière d’acheminement vers l’Irak de combattants formés au djihad a en effet été démantelée dans la Ville rose. Jugés en 2009, ils ont été condamnés à des peines allant de six mois à six ans de prison. «Mais la plupart d’entre eux sont déjà sortis de prison aujourd’hui, constate un avocat parisien concerné par la procédure à l’époque. Ils devraient tout de même recevoir la visite des flics un jour ou l’autre…»