Pourquoi les profs donnent-ils toujours des devoirs écrits alors que c'est interdit?

ÉDUCATION ne action a été lancée par la FCPE et l'Icem pendant deux semaines pour y mettre fin...

Corentin Chauvel

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HALEY/SIPA

Haro sur les devoirs écrits à la maison en primaire. Fustigeant notamment leur inutilité et leur lourdeur, la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) et l'Institut coopératif de l'école moderne (Icem-Pédagogie Freinet) engagent à partir de ce lundi enseignants et parents à décharger les enfants de cette tâche pendant deux semaines.

«Tout le monde sait que c’est interdit, mais tout le monde les pratique, c’est comme si la circulaire de 1956 (qui proscrit les devoirs écrits, ndlr) n’existait pas», déplore Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat enseignant SE-Unsa, contacté par 20 Minutes, qui se réjouit que cette question soit posée dans le débat public.

«C’est à l’école que l’on traite les apprentissages, pas en dehors»

«Les devoirs écrits sont une charge importante et une source d’inégalités, tous les enfants n’ont pas des parents capables de les aider», explique Christian Chevalier «Qu’il y ait un minimum d’activités comme des leçons à réciter, ça a un intérêt, notamment pour le lien familial, mais c’est à l’école que l’on traite les apprentissages, pas en dehors», ajoute-t-il.

La responsabilité de la pratique des devoirs écrits est principalement attribuée aux parents. «Certains de nos collègues culpabilisent de ne pas donner de devoirs écrits à cause du retour des parents qui vont les juger moins bons que ceux qui en donnent», illustre Christian Chevalier. «C’est une habitude très française. Culturellement, il y a des choses à leur faire comprendre», renchérit-il.

Une «sous-traitance pédagogique aux familles»

«Mais nous faisons le pari qu’ils n’en demandent que parce que c’est souvent le seul lien qu’on leur propose avec ce qui se passe en classe», répond la FCPE qui veut justement exprimer son rejet de «cette forme de sous-traitance pédagogique aux familles».

Le secrétaire général de SE-UNSA pointe également du doigt l’«institution» qui «ne parle pas de cette question lors de leur formation, cette problématique n’est pas du tout traitée». Ce n’est pas l’avis de Nicolas, jeune enseignant en école primaire à Toulon (Var). «Quand j’ai été formé, on nous a dit à plusieurs reprises de ne pas utiliser les devoirs écrits et je n’en ai donc jamais donné», raconte-t-il à 20 Minutes, précisant qu’il n’a jamais ressenti non plus de pression de la part des parents. «Mais je sais que ça se fait largement parmi les enseignants plus âgés», glisse Nicolas.

«En France, il n’y pas de devoirs écrits»

«En France, il n’y pas de devoirs écrits», tranche de son côté le ministère de l’Education nationale, joint par 20 Minutes, rappelant lui aussi la circulaire de 1956. «A la sortie de l'école, le travail donné par les maîtres aux élèves se limite à un travail oral ou des leçons à apprendre», précise le site du ministère. Ce dernier concède tout de même que cette règle est «inégalement appliquée».

Dans un communiqué diffusé ce lundi, Luc Chatel botte également en touche, jugeant «démagogique» l’action de la FCPE et de l’Icem. Pour le ministre de l’Education, «ce type d’initiative malheureuse abime la notion même de mérite républicain». «Avec le pédagogisme, le renoncement à l'effort est l’un des grands maux qui ont trop longtemps affaibli notre École», écrit-il, sans s’expliquer sur la pratique des devoirs écrits.

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