Islamisme radical en France: «On ne progresse que dans la crise, et c'est malheureux»

INTERVIEW Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme à la DST et conseiller du groupe GEOS, apporte son éclairage à «20 Minutes» sur la manière dont les fondamentalistes sont appréhendés...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme a la DST, plus connue sous le nom de DST et conseiller spécial chez GEOS, le 10 janvier 2011 sur le plateau de LCI.
Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme a la DST, plus connue sous le nom de DST et conseiller spécial chez GEOS, le 10 janvier 2011 sur le plateau de LCI. — IBO / SIPA

L’affaire Mohamed Merah a remis sur le devant de la scène les dangers de l’islamisme radical et notamment la place qu’il tient en France. Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme à la DST et conseiller du groupe GEOS, revient pour 20 Minutes sur les moyens mis en place pour s’en prémunir.

Quel est le profil des islamistes radicaux en France?
Ce qui ressort, ce sont des profils comme Mohamed Merah, des petits délinquants, mais aussi des universitaires qui peuvent apparaître comme des leaders. On a un large éventail, on part d’une masse importante, de plusieurs milliers d’individus. Certains se consacrent uniquement à l’islam et d’autres estiment que les musulmans sont maltraités. On parle alors d’une centaine d’individus qui sont hostiles aux occidentaux. Ceux-là pourraient basculer. Mais ce sont seulement quelques dizaines de cas qui vont se former pour acquérir un entraînement de djihadiste. L’embrigadement se fait par la case prison de manière privilégiée, mais aussi par des rencontres, en banlieue, de personnes qui ont voyagé dans une filière fondamentaliste. Certains sont des musulmans, Français d’origine maghrébine la plupart du temps, qui ne sont pas pratiquants, mais sont dans l’exclusion, la désociabilisation. Ils estiment que leurs échecs sont dus à leur origine, rejettent la France et veulent sortir de cette spirale.

Comment se déroule leur surveillance?
Il y a tout un travail de renseignement en amont. Traditionnellement, on met en place des écoutes téléphoniques, administratives, sur les personnes ciblées. Après on peut mener des surveillances physiques, également à l’aide de caméras, afin notamment d’identifier leurs contacts. L’intérêt de ce travail, c’est d’infiltrer une source en recrutant des membres de la cellule suivie ou des gens en périphérie et disposer de sources d’informations. Si ces premiers éléments donnent à penser qu’il pourrait y avoir des actes terroristes, on va saisir le parquet pour ouvrir une enquête préliminaire et un cadre judiciaire. C’est important d’avoir un cadre juridique pour arrêter les gens. Les écoutes deviennent judiciaires et il y a une montée en puissance, en coopération avec différents services nationaux (DGSE) et étrangers.

La France dispose-t-elle des moyens nécessaires pour faire face à une telle menace?
Les moyens, c’est toujours une histoire de choix. Dans toutes les administrations, il manque toujours des moyens. Mais en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, tout est monté en puissance depuis 2001-2002 où elle est devenue une priorité. En 1983, nos effectifs étaient d’une trentaine de personnes. Ils sont aujourd’hui plusieurs centaines. Ils ont augmenté, tout comme les moyens législatifs, avec les grandes opérations de 1986, 1995 puis 2001. On ne progresse que dans la crise, et c’est malheureux, mais il est désormais possible de faire de la prévention, de pénétrer chez un suspect, y mettre des caméras, des micros, et cela de manière tout à fait légale afin de recueillir des éléments de preuves. En 1986, les lois relatives à la lutte contre le terrorisme ont été jugées liberticides mais sans elles, on en aurait pris plein la gueule.

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