Toulouse: «Je n'ai pas l'impression que Merah veuille se suicider»

INTERVIEW Christophe Caupenne a été négociateur au Raid, pendant près de onze ans, de 2000 à 2011. «20 Minutes» l'a joint alors que l’opération du Raid pour déloger Mohamed Merah est toujours en cours...

Propos recueillis par Lucie romano
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Intervention du Raid dans l'affaire du gang de Roubaix, le 29 mars 1996.
Intervention du Raid dans l'affaire du gang de Roubaix, le 29 mars 1996. — © M. SPINGLER / AP / SIPA

L’intervention a commencé peu après 3 heures du matin, 16 heures plus tard elle n’est toujours pas terminée, est-ce normal?

C’est classique. Les négociations sont des opérations très complexes. L’homme est programmé mentalement. C’est un combat décisif pour lui. L’action du négociateur consiste à le déprogrammer, le ramener à la raison. Sa mission a échoué, il vit un échec absolu. Il se cherche une sortie honorable. Sa démarche est très incertaine. Il n’a pas de solution devant lui.

Comment procède concrètement le négociateur?

Il tente d’établir le contact au maximum. De ventiler l’émotion, c’est-à-dire de faire baisser les tensions. Le dialogue a des hauts et des bas. Un minimum de confiance doit s’établir. Pour faire évacuer les habitants de l’immeuble, il fallait par exemple que le Raid obtienne la garantie que l’individu allait laisser l’évacuation de l'immeuble suivre son cours sans encombre. Pour lui donner un moyen de communication, on lui a aussi demandé de rendre une arme. Il faut gagner du terrain petit à petit, en communiquant.

Ce tueur présumé est-il particulièrement difficile?

Il est très déterminé. J’ai mené plus de 350 négociations et je pense qu’il est particulièrement difficile. Ça me rappelle le gang de Roubaix en 1996 (une bande criminelle de mouvance islamiste qui menait des attaques particulièrement violentes). Sa démarche est militante, s’il ne se fait pas tuer avant, il ira au bout.

Quelle peut être l’issue?

Il n’est pas mûr pour mourir. Et il est jeune! Je n’ai pas l’impression qu’il veuille se suicider. Son état est dégradé. Imaginez, il est en négociation depuis 3 heures du matin. Il cherche une solution. S’il ne veut pas se rendre, son état de dangerosité sera trop avancé et une décision d’assaut sera impérative. Même s’il meurt, ce sera une réussite car cette personne sera trop dangereuse. On lui aura donné toutes les chances de s’en sortir autrement. Il y aura toutefois une part d’échec car le Raid cherche toujours à récupérer les individus vivants. Il faut qu’il s’explique.