Mohamed Merah, un «petit délinquant» devenu fanatique

PORTRAIT L'auteur présumé de sept assassinats à Toulouse et Montauban dit «appartenir à Al-Qaida»...

Enora Ollivier (avec Julie Rimbert, à Toulouse)

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Mohammed Merah, l'auteur présumé de sept assasinats à Toulouse et Montauban, dans une vidéo diffusée sur France 2 le 21 mars 2012.
Mohammed Merah, l'auteur présumé de sept assasinats à Toulouse et Montauban, dans une vidéo diffusée sur France 2 le 21 mars 2012. — FRANCE 2 TV/SIPA

Un «petit délinquant de droit commun» qui a emprunté les voies du jihadisme. Jusqu’à la semaine dernière, Mohamed Merah n’était connu de la justice que pour des infractions - «des affaires classiques de délinquance: des vols, des dégradations», a souligné son avocat, Christian Etelin, auprès de 20 Minutes. Selon François Molins, le procureur de Paris, le jeune homme aujourd’hui âgé de 23 ans a été condamné à 15 reprises depuis son adolescence, la dernière peine remontant au 24 février, pour conduite sans permis. Condamné à un mois de prison ferme, il devait rencontrer le juge d’application des peines le 3 ou 4 avril prochain.

>> France 2 a dévoilé les premières images de Mohamed Merah. Regardez la vidéo par ici.

Recalé deux fois de l’armée

Mohamed Merah est le troisième d’une fratrie de cinq enfants. Adolescent, «sa mère n’arrivait pas à le maîtriser et son père, dont elle avait divorcé, était tout à fait absent», selon son avocat. Il a travaillé dans un garage comme carrossier, jusqu’à sa dernière arrestation, en février. «Son  employeur le considérait comme un bon professionnel, quelqu’un de sérieux, scrupuleux dans son travail», affirme Me Etelin.

En 2008 puis en 2010, le jeune homme a tenté d’intégrer l’armée de Terre et la Légion étrangère. En vain: ses antécédents judiciaires et son instabilité psychologique ont poussé les recruteurs à le recaler.

«La dernière fois que je l’ai vu, en février, je l’ai trouvé changé», assure son défenseur: «Il avait gagné en maturité, il était agréable, courtois, gentil et capable d’une certaine douceur». En tout cas, «il ne donnait pas l’impression de couver des projets, de retenir une telle violence en lui, d’être devenu un fanatique».

Il se vante d’avoir «mis la France à genoux»

Le jeune homme a pourtant adhéré à une idéologie extrémiste, dans un processus d'«autoradicalisation salafiste atypique», selon l'expression du procureur de Paris. Il s’est rendu à deux reprises en Afghanistan, probablement pour se former au jihad. La seconde fois ne remonte qu’à quelques mois: de mi-août à mi-octobre 2011, Mohamed Merah se trouvait dans le pays mais, souffrant d’une hépatite A, a dû abréger son séjour et rentrer en France. Il a indiqué s’être formé dans le Waziristan, zone tribale entre l’Afghanistan et le Pakistan.

Aux négociateurs qui parlent avec lui depuis mercredi matin, le jeune homme a indiqué «être un moudjahidine et appartenir à Al-Qaida». Il a revendiqué les sept assassinats, et «dit avoir voulu venger les enfants palestiniens, et s’en prendre à l’armée française», a précisé Claude Guéant, sur place, au petit matin. Le ministre de l’Intérieur a décrit le tueur présumé comme «déterminé». Il fait preuve d'un «grand sang froid» et reste «maître de lui».

Il n’«exprime aucun regret», a affirmé le procureur de Paris, soulignant qu’au contraire, il se vante d’avoir «mis la France à genoux». Par ailleurs, Mohamed Merah «indique avoir toujours agi seul».Son frère aîné Abdlekader, impliqué par le passé dans une filière de transferts de jihadistes en Irak et «engagé dans l'idéologie salafiste» d'après Claude Guéant, a également été interpellé, de même que sa mère. Mais, selon le ministre de l'Intérieur, il s'agit de «gardes à vue de précaution».

Dans la nuit de lundi à mardi, le tueur présumé a appelé une journaliste de France 24, pour revendiquer les tueries. Quand la reporter lui a demandé ce qui pourrait arrêter sa campagne de terreur, il lui a répondu: «La prison ou la mort».

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