Christian Etelin: «Mohamed Merah me fait penser à un cas de double personnalité»

INTERVIEW L'avocat du suspect interrogé par «20 Minutes» se dit très surpris. Pour lui, Mohamed Merah «n'était pas en rupture avec notre mode de vie»...

A Toulouse, Julie Rimbert

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Portrait de Me Christian Etelin, l'avocat du suspect des tueries de Toulouse et Montauban.
Portrait de Me Christian Etelin, l'avocat du suspect des tueries de Toulouse et Montauban. — BORDAS/SIPA

Christian Etelin, avocat au barreau de Toulouse, connaît bien Mohamed Merah pour l’avoir défendu plusieurs fois, en particulier dans des affaires de vols avec violence. Sa dernière condamnation date du 24 février 2012: il était poursuivi pour un accident de moto et conduite sans permis. Condamné à un mois de prison ferme, Mohamed Merah devait rencontrer le juge d’application des peines le 3 ou 4 avril prochain.

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«J’ai connu ce garçon quand il avait 17-18 ans. Il a comparu plusieurs fois devant le tribunal correctionnel pour des affaires classiques de délinquance de mineurs vivant dans les cités, comme des vols, des dégradations, raconte Christian Etelin. Sa mère n’arrivait pas à le maîtriser et son père divorcé était tout à fait absent. En revanche, la dernière fois que je l’ai vu, en février, je l’ai trouvé changé. Il avait gagné en maturité, il était agréable, courtois, gentil et capable d’une certaine douceur. Il ne donnait pas l’impression de couver des projets, de retenir une telle violence en lui, d’être devenu un fanatique.»

«La description d’un homme déterminé à tuer, froid, ce n’est pas celui que j’ai connu»

Concernant son rapport à la religion, l’avocat parle d’un adolescent loin de tout cela. «J’ai appris, qu’après sa condamnation à 18 mois de prison ferme pour un vol avec violence sur une personne âgée, qu’il avait disparu. On m’a dit qu’il était parti en Afghanistan, qu’il avait adhéré à une idéologie extrémiste et qu’il avait voulu donner à son engagement un caractère radical. J’étais très surpris. Je ne comprenais pas comment il pouvait s’identifier à cet extrémisme religieux, aux talibans, c’était pour moi impensable. Surtout, quand je l’ai revu dernièrement à son retour d’Afghanistan, je n’ai pas eu l’impression d’avoir affaire à quelqu’un qui a des mobiles politiques et religieux; qui cherche à en découdre pour faire valoir son idéologie.»

«Il avait un jardin secret, une part d’ombre en lui, confie l’avocat. Il donnait l’impression d’être dans la vie sociale française. Il n’était pas en rupture avec notre mode de vie, notre façon de penser. Cela me fait penser à un cas de double personnalité. Cette haine de l’autre, qui s’est manifesté ces derniers jours, est à l’opposé du visage qu’il m’avait montré. La description d’un homme déterminé à tuer, froid, ce n’est pas celui que j’ai connu», assure l’avocat. En février, il l’avait prévenu que, après son séjour en Afghanistan, «il serait extrêmement surveillé par les services de renseignements français». «Il n’a pas réagi, ni donné d’explications».

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