Tuerie de Toulouse: «La minute de silence peut être très apaisante pour un enfant»

INTERVIEW Selon un pédopsychiatre, le drame peut provoquer des réactions émotionnelles très fortes chez les plus petits...

Propos recueillis par Enora Ollivier

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Le 20 mars 2012, des élèves du collège Georges-Brassens, à Paris, observent une minute de silence au lendemain du meurtre d'un enseignant et de trois enfants à Toulouse
Le 20 mars 2012, des élèves du collège Georges-Brassens, à Paris, observent une minute de silence au lendemain du meurtre d'un enseignant et de trois enfants à Toulouse — Francois Mori/AP/SIPA

Au lendemain de la tuerie de Toulouse (Haute-Garonne), une minute de silence a été observée dans tous les établissements scolaires de France ce mardi matin. Pour le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur de «Réussir à l’école, une question d’amour», il s’agit d’un rituel important, qui permet de libérer la parole.

Observer une minute de silence, est-ce que cela a du sens pour un enfant?

Cela a du sens, à la fois pour l’enfant et pour les adultes. La minute de silence, c’est l’équivalent laïc des prières, elle a pour fonction de rendre hommage aux morts. Ce moment, cette réunion silencieuse, peut être très apaisante pour un enfant qui a été confronté à la mort de cette façon. C’est une façon de dire combien ce qui s’est passé est grave.

Est-ce que cela ne peut pas aussi libérer les angoisses?

Oui, la minute de silence et l’emballement médiatique peuvent provoquer des réactions émotionnelles très fortes chez les tout petits. Le problème qui se pose surtout, c’est: faut-il informer les moins de 8 ans, qui n’ont pas eu accès à l’information? Ils peuvent réagir de façon opposée: soit ils sont indifférents parce qu’ils ne comprennent pas, soit ils s’imaginent qu’un monsieur vient dans les écoles tuer des enfants. Cela peut être très angoissant, et déclencher des phobies scolaires.

Les plus grands ont de toute façon appris ce qui s’est passé à la télé. L’impact du drame est très important et certains sont effectivement choqués. Par exemple, j’ai vu aujourd’hui des enfants de confession juive, qui ont fait des cauchemars toute la nuit.

Ce sont les enseignants, et pas forcément les parents, qui ont dû évoquer la tuerie auprès des enfants, puisque la minute de silence a été observée à l’école. C’est une bonne chose?

Ce n’est pas plus mal. Après tout, les enseignants sont les plus aptes à parler aux enfants! Il aurait certes sans doute fallu une concertation collective, pour qu’ils décident ensemble quoi dire, mais le temps a manqué. Ce qui est intéressant, c’est que cette minute de silence a pu installer un débat sur ce que chacun a ressenti, elle a permis aux enfants de poser des questions. Cela a sans doute été l’occasion de commencer une discussion sur ce qui s’est passé.

Comment parler du tueur aux enfants?

Il faut employer des mots forts, dire aux enfants que l’auteur du crime a été débordé de haine, qu’il a perdu son humanité, qu’il a oublié qu’il est interdit de tuer. En revanche, il faut éviter d’utiliser des raccourcis comme «c’est un méchant» ou «un fou». Des «méchants», il y en a beaucoup, et le petit a peut-être déjà lui-même été traité de méchant! Or, il ne faut pas que l’enfant s’identifie, qu’il pense qu’il peut être un criminel. Il ne doit pas non plus avoir peur des fous: il peut connaître dans sa famille, dans son entourage, des personnes handicapées, des schizophrènes. Il faut plutôt employer les mots «assassin» ou «meurtrier».