Fusillade à Toulouse: Quel est le profil du tueur?

FAITS-DIVERS Selon les experts, il s'agirait d'un homme seul dont les actes seraient prémédités...

Corentin Chauvel avec Reuters

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La police scientifique éffectue des relevés devant le collège juif Ozar Hatorah où a eu lieu une fusillade tuant quatre personnes dont trois enfants à Toulouse. Lundi 19 mars 2012.
La police scientifique éffectue des relevés devant le collège juif Ozar Hatorah où a eu lieu une fusillade tuant quatre personnes dont trois enfants à Toulouse. Lundi 19 mars 2012. — FRED SCHEIBER/20 MINUTES

Si le lien n’est pas encore formellement établi entre la fusillade de ce lundi matin à Toulouse (Haute-Garonne) et les deux autres tueries qui ont eu lieu dans la région en une semaine, le mode opératoire est le même, tout comme l’arme utilisée par le ou les auteur(s).

Pour Sylvianne Spitzer, criminologue et profileuse, «cela ressemble à l’acte prémédité d’un seul homme» qui a une «signature». «Il est casqué, se déplace en scooter, il se gare, trouve des cibles», explique-t-elle à 20 Minutes. Celui-ci est «presque professionnel» au vu des «tirs assez précis» et d’une technique qui ressemble à celle d’un tueur à gages.

«Le tueur de Toulouse n'est sans doute pas un pro»

Une vision contestée par des experts balistiques de la police interrogés par Le Figaro, qui s’étonnent que, pour la fusillade de ce lundi matin, le tueur ait utilisé deux armes de calibres différents dont l’une s’est enrayée. «Le tueur de Toulouse n'est sans doute pas un pro», conclut ainsi l’un d’eux au quotidien.

Les enquêteurs devraient pourtant explorer, parmi d'autres pistes, l'affaire de trois soldats du 17e régiment de génie parachutiste de Montauban (Tarn-et-Garonne) auquel appartenaient deux des trois militaires assassinés la semaine dernière, renvoyés de l'armée pour activités néo-nazies. Le Point rappelle que les trois parachutistes avaient été renvoyés en 2008, après avoir été dénoncés par un frère d'arme. La presse locale avait alors publié une photo des trois hommes posant devant des drapeaux nazis.

Sur la piste d’un «spree killer»?

Mais il y a encore trop peu d’informations à l’heure actuelle pour connaître le véritable mobile du tueur. «C’est quelqu’un qui a choisi de taper fort, il sait à quoi il touche, sans que ce soit forcément personnel», souligne Sylvianne Spitzer qui juge que la période de campagne présidentielle n’est pas un hasard, tout comme les commémorations des 50 ans de la fin de la guerre d’Algérie. Il est également difficile de faire du tueur un fou ou un psychopathe, même s’il y a «une volonté de tuer, une envie de passage à l’acte» qui peut se caractériser par «une bouffée délirante» et la recherche d’un bouc émissaire.

C’est également ce que pense Gérard Lopez, psychiatre expert à la Cour d'appel de Paris, interrogé par L’Express: «Ce tueur semble très organisé, très froid. Ce n'est donc probablement pas un psychotique. Un fou, par exemple un schizophrène, qui entendrait des voix et se mettrait à tirer sur tout ce qui bouge ne serait pas si organisé.»  Le psychiatre penche cependant pour un profil de psychopathe parce qu’il est «antisocial, froid, cruel et sans remord», une attitude également notée par Sylvianne Spitzer qui évoque un «spree killer» («tueur impulsif»), opérant en plusieurs lieux, de manière très précise.

Le tueur «joue avec les médias et la police»

Deux psychiatres interrogés par Le Figaro le rapprochent plutôt d’un tueur de masse, comme Anders Breivik, l’auteur de la tuerie d’Oslo. «Dans ce cas de terrorisme limité à un seul individu, le tueur devient l'instrument de sa propre conviction, le théoricien du sens de son acte», analyse Roland Coutanceau pour le quotidien.

Sylvianne Spitzer constate par ailleurs «une évolution du mode opératoire»: «Les deux premières fusillades étaient un galop d’essai, il s’est prouvé qu’il était courageux et il se sent de plus en plus à l’aise, prend de plus en plus de risques en s’attaquant à des enfants, en les poursuivant dans l’école.» Ce comportement devrait le pousser à récidiver, selon la criminologue. «On peut très bien imaginer qu’il continue, son mode opératoire est très facile, il s’amuse», estime-t-elle. Après ce troisième forfait, si ceux-ci sont bien liés, l’experte assure que le tueur «joue avec les médias et la police»: «Il n’attend qu’une chose, qu’on parle de lui.»