L'épouse d'un proche de Kadhafi jugée pour esclavage moderne

JUSTICE Soupçonnée d'«esclavage moderne», Kafa Bechir risque sept ans de prison...

William Molinié
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C'est l'arrestation d'un Nigérien par la police aux frontières qui a déclenché l'affaire.
C'est l'arrestation d'un Nigérien par la police aux frontières qui a déclenché l'affaire. — KEYSTONE / SIPA

«Avec la maîtresse, on n'avait pas d'horaires. Si j'étais malade, je devais travailler quand même», a raconté Lyiya à la Cimade, une association de défense des droits des migrants. Cette mère de deux enfants aurait été asservie dans une villa de Prévessin-Moëns (Ain) en 2008 et 2009. Ce mercredi, leur «maîtresse», alias Kafa Bechir, l'épouse de l'ancien chef de cabinet de l'ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, est renvoyée devant le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse pour «soumission de personnes vulnérables à des conditions de travail ou d'hébergement incompatibles avec la dignité humaine». Un chef d'accusation que les parties civiles résument en «esclavage moderne ou domestique», mettant en avant l'absence de salaire et des conditions de travail indignes.

«Achetées en Tanzanie»

C'est Issa Combari qui déclenche l'affaire. Ce Nigérien qui a fui la maison en 2005 se fait arrêter par la police aux frontières (PAF) en 2009. Il raconte alors aux policiers son calvaire. Un mois de vacances «tous les deux ou trois ans, pendant seize ans», du travail «24 heures/24», ses papiers confisqués…

Les policiers perquisitionnent à deux reprises la villa et y découvrent un autre couple tanzanien, «caché». Les investigations du major de la PAF mèneront jusqu'à Lyiya et Anna, deux sœurs tanzaniennes, recueillies par l'association Ni putes ni soumises après s'être, elles aussi, enfuies.

«Elles ont été achetées en Tanzanie par la famille Bechir. C'était courant sous Kadhafi», explique Blandine Charrue, militante de l'association. Au final, quatre victimes ont été identifiées. Ironie du sort, Issa n'est que témoin dans le dossier car les faits sont couverts par la prescription. Kafa Bechir, qui nie en bloc, ne devrait pas se présenter à son procès, selon son avocat. Elle risque une amende de 200.000 euros et sept ans de prison. Les parties civiles espèrent récupérer l'argent de la vente de sa villa si la justice se prononçait en leur faveur.