Dans le sillage des futurs officiers de la marine

REPORTAGE «20 Minutes» a embarqué à Toulon pour suivre les premiers jours de la mission «Jeanne d'Arc» qui forme chaque année les futurs capitaines de la marine nationale...

William Molinié (texte), Patrice Magnien (photos)

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Large de la Corse le 6 mars 2012 - Sur la passerelle de navigation du Dixmude, les officiers élèves sont suivis par leurs aînés.
Large de la Corse le 6 mars 2012 - Sur la passerelle de navigation du Dixmude, les officiers élèves sont suivis par leurs aînés. — P. MAGNIEN / 20 MINUTES

De nos envoyés spéciaux sur la mission «Jeanne d’Arc»

«Sacrifiez-vous, tenez !». La devise du bâtiment de projection et de commandement (BPC) Dixmude donne le ton. Les 144 officiers-élèves vont en baver et ils le savent. Partis lundi 5 mars de Toulon, leur odyssée doit durer au minimum jusqu’à juillet prochain et les faire passer par Beyrouth, Djibouti, Le Cap, Rio de Janeiro et Dakar, avant de prendre fin à Brest. «20 Minutes» a suivi leurs premiers pas au sein de la mission «Jeanne d’Arc», du nom de l’ancien navire aujourd’hui démantelé, appareillé pour former les prochains capitaines de la marine.                                                                                                           

Apprentissage de la vie en équipage

Cent-vingt jours menés à la baguette, au rythme des trompettes et de la discipline militaire. Pas évident pour ces apprentis officiers dont la plupart sort à peine des salles de cours de l’école navale ou de Saint-Cyr. «Au maximum, nous sommes partis quinze jours d’affilée en mer. Et encore, c’était sur des petits bateaux», raconte David, 26 ans, originaire de Vendée. Dans quatre mois, il devra connaître les reflexes pour faire les bons choix, commander en chef militaire et acquérir une stature d’officier. Une quête qui passe d’abord par l’apprentissage des fondamentaux. «La propreté et l’entretien sont une priorité», lance en guise de bienvenue le capitaine de frégate Etienne Knopp, chargé de l’instruction auprès des élèves.

La vie à bord est cadencée par des «heures de quart». A tour de rôle, les élèves y apprennent la navigation, répètent inlassablement les mêmes exercices et se forment à la vie en équipage. Dans le centre opérationnel du Georges Leygues, une frégate anti sous-marine qui fait route aux côtés du Dixmude et le protège d’éventuelles attaques, les officiers-élèves apprennent à défendre un navire en multipliant les scénarios fictifs. Sur l’écran du radar, un missile est détecté. Clément, 24 ans, prend les commandes et passe ses ordres. «La difficulté est de réagir très vite à la moindre menace tout en énonçant clairement les consignes», explique-t-il.

Missions à risques

Mercredi dernier, les élèves ont commandé un débarquement en Corse, sur la base aérienne de Solenzara. Un exercice censé répéter les bases de ce qu’ils pourraient être amenés à faire si l’actualité venait à dérouter leur trajectoire. «Leur formation peut se transformer en mission si l’Etat-major nous ordonne qu’on intervienne quelque part», assure le capitaine de vaisseau Guillaume Goutay, commandant du Dixmude.

Un retour à la réalité qui pourrait survenir dès le mois prochain à leur arrivée dans le golfe d’Aden. Les élèves pourraient intégrer l’opération Atalante visant à protéger dans la région les convois humanitaires et le trafic commercial des actions de piraterie. «Nous sommes contents d’être enfin sur une unité opérationnelle car nous allons faire ce pour quoi nous nous sommes engagés. Mais j’imagine qu’on ne nous enverra pas en première ligne», avance Adrien, 23 ans, originaire de Cannes.

D’ici là, un nouveau débarquement à Beyrouth affinera la coordination de l’équipage. La mission devrait aussi passer non loin des deux navires de guerre iraniens entrés le mois dernier en Méditerranée au large de la Syrie, une manœuvre considérée comme une démonstration de force. «Jusqu’à présent, il n’y a aucune opération de prévu là-dessus. Mais notre parcours est maintenu», conclut Guillaume Goutay, le chef d’orchestre de la mission.