«La garde alternée est peut-être le reflet d'un certain égoïsme»

TÉMOIGNAGES n 2002, la loi relative à l'autorité parentale a donné aux parents séparés la possibilité d'opter pour une résidence alternée des enfants. Dix ans après, quel bilan peut-on faire? Yves, internaute de «20 Minutes», a lui choisi de renoncer à la garde partagée, au nom de «l'équilibre de ses enfants»...

Yves, internaute. Témoignage édité par Christine Laemmel

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DURAND FLORENCE

Le 4 mars 2002 était adoptée la loi relative à l’autorité parentale, ouvrant la possibilité pour les parents séparés de recourir à la résidence alternée. Une semaine sur deux, deux semaines chacun voire un mois sur deux, la durée étant fixée par les parents et le juge. En toile de fond, l’idée d’une meilleure répartition de l’autorité parentale entre le père et la mère.

Dix ans plus tard, le député UMP Richard Mallié souhaite aller plus loin. Le 18 octobre 2011, il a déposé une proposition de loi visant à «privilégier la résidence alternée pour l’enfant en cas de séparation des parents.» Sans généraliser la résidence alternée, cette loi permettrait d’éviter que le «parent le plus agressif» ou celui s’opposant à une garde partagée, ne fasse échouer la médiation. Il appartiendrait aussi désormais au parent s’opposant à cette solution, de prouver les méfaits pour l’enfant, d’une résidence alternée.

Aujourd’hui, faut-il aller plus loin? Quel bilan tirer de ces allers-retours, de ces vies coupées entre deux domiciles? La chance essentielle de profiter du père autant que de la mère, ou un tiraillement insupportable?

Sur la page Facebook et le compte Twitter de 20 Minutes, nous avons proposé aux internautes de raconter leurs souvenirs de garde alternée.

Yves, 40 ans, salarié d’une banque dans le Morbihan, nous a contactés via notre page Facebook. Il raconte comment, après un trimestre de garde alternée, il a finalement choisi, non sans appréhension, de laisser la garde de ses quatre enfants à son ex-épouse.

>>Racontez-nous vous aussi votre expérience de la résidence alternée, en témoignant dans les commentaires ou en écrivant à reporter-mobile@20minutes.fr


Le témoignage d’Yves: «La garde alternée est peut-être le reflet d’un certain égoïsme»

«Séparés au début de l’été 2011, mon épouse et moi nous sommes partagés intelligemment la période des vacances estivales et avons démarré la rentrée scolaire sous une forme de garde alternée: une semaine sur deux.  En instance de divorce, l’ordonnance de non-conciliation de novembre a donné la garde à mon épouse, avec mon accord. Mais nous avons choisi de tout de même prolonger la garde alternée.

Mes enfants ne savaient plus où était leur maison

Du fait du jeune âge de deux de mes enfants (jumeaux de 4 ans) les autres ayant 7 et 9 ans, et du fait également que mon ex-femme a quitté le domicile familial et déménagé à une trentaine de kilomètres, en les changeant également d’école, la garde alternée s’est avérée compliquée. J’imposais à mes enfants des réveils matinaux et des couchers tardifs (travail, transport, devoirs et s’occuper des quatre seul…) des trajets en véhicule de plus de 30 minutes, une certaine course permanente avec le stress lié (être en retard à l’école) les stresser matin et soir, et moi-même accusant la fatigue et étant alors moins à l’écoute.

Les enfants étaient perturbés, ne sachant quelle était vraiment leur maison et trimballant leurs affaires d’une semaine à l’autre, avec ce manque de repères dont ils ont en fait tant besoin. Je constatais bien qu’ils ne savaient plus qui allait les chercher à l’école et qu’ils avaient du mal à passer d’un univers à l’autre en si peu de temps, à s’acclimater et déjà repartir.

Je ferme la porte de leurs chambres quand ils ne sont pas là


Début janvier, j’ai réalisé que cette garde alternée n’était bonne pour personne. J’ai donc choisi de me conformer à l’ordonnance du juge qui prévoyait de me confier les enfants un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Pour leur stabilité, leur équilibre. Cette décision ne s’est pas prise à la légère, mais force est de constater que la garde alternée est peut-être le reflet d’un certain «égoïsme».

J’ai parfois quelques angoisses quand je me dis qu’ils peuvent penser que je les laisse, quand ils me disent ne pas me voir assez souvent, quand je ne peux partager avec eux leur quotidien, le retour de l’école, leurs joies et leurs peines, quand je ne peux suivre avec autant de constance leur scolarité, et quand je me dis qu’ils vont peut-être s’attacher à leur «beau-père» et que nos liens vont se distendre avec le temps… Et puis ils me manquent, quand dans la grande maison où je suis resté je vois partout leurs jeux, leurs affaires, leurs dessins… Je ferme dorénavant la portes de leurs chambres quand ils ne sont pas là. Je n’y rentre plus sauf la veille de leur retour pour ranger et préparer leur arrivée. Et là, ça fait un peu vide et ne donne pas forcément la pêche…

J’ai peur de ne plus être présent quand ils en ont vraiment besoin et compense alors en étant totalement disponibles pour eux lorsqu’ils viennent le week-end ou les vacances. Je ne sais pas forcément quelle est la meilleure issue… Et est-ce que les choses doivent rester en l’état, est-ce que cela ne peut évoluer avec le temps, leur désidérata? On est forcément dépourvu dans ce cas, et n’avons pas la solution idéale.»