Chantal Jouanno: «La priorité absolue, c'est d'éviter un nouveau scandale de santé publique»

SANTÉ a sénatrice préside depuis lundi soir une mission d’information sur «les dispositifs médicaux implantables et les interventions à visée esthétique»…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Chantal Jouanno au Sénat, le 1er octobre 2011.
Chantal Jouanno au Sénat, le 1er octobre 2011. — WITT/SIPA

En exclusivité pour 20 Minutes, la sénatrice UMP de Paris et présidente de la mission d’information parlementaire sur les suites à donner à l’affaire des prothèses PIP, Chantal Jouanno, présente les priorités de sa mission…

Quels sont les objectifs de la mission?

Il y a trois sujets à travailler. D’abord, le système d’autorisation des dispositifs médicaux type prothèse. Les entreprises qui les fabriquent sont certifiées par des organismes labellisés par chaque Etat, sans qu’il y ait de vraie harmonisation. Quand je l’ai découvert, j’ai trouvé ça hallucinant. Il faut aller plus loin et aboutir à un système d’autorisation comme il en existe pour les médicaments. Le deuxième sujet c’est le contrôle. Les autorités sanitaires font des contrôles quand elles en ont envie, mais elles préviennent avant de se rendre sur place. C’est pour cela que Mas a pu organiser tout son système de fraude. Il faut que le contrôle puisse être fait de manière totalement inopinée. Le troisième élément c’est le système d’alerte, car on a bien vu dans l’affaire PIP que la première alerte en France, en 2008, n’a pas été identifiée et n’est pas remontée. De plus, les Anglais en 2006-2007 ont eu des alertes, et il n’y a pas eu de croisement des alertes anglaises et françaises, qui auraient pu permettre de réagir beaucoup plus vite. Il faut améliorer le système d’alerte et le croiser avec les autres pays.

 Y a-t-il une grande priorité?

La priorité absolue c’est la prévention d’un nouveau scandale de santé publique. Il faut prendre conscience qu'il ne s'agit pas d'interventions anodines, et ensuite, qu’on est vraiment face à  un problème de santé publique: à mon sens, c’est là que se trouve le futur scandale des dispositifs médicaux. Si demain par exemple, sur le Botox, on se rend compte que le produit qui est censé s’auto-évacuer ne s’évacue pas si bien, ou qu’il a des effets secondaires, on sera face à un problème de santé publique majeur.

 Les porteuses de prothèses PIP qui n’ont pas eu de cancer ou d’ablation ne seront pas indemnisées pour s’en faire poser de nouvelles, est-ce normal?

La société française considère qu’on ne prend en charge que ce qui est incontournable. Donc on prend en charge les retraits de prothèses, incontournables du point de vue de la précaution – il vaut mieux les retirer avant qu’elles aient des fuites. Mais réimplanter des prothèses à des femmes qui n’ont pas été victimes d’un cancer ou d’une ablation du sein, ce n’est pas jugé incontournable. Après, on peut prendre en compte la dimension psychologique et poser la question: jusqu'où doit-on aller dans la prise en charge?

 Pourquoi vous engagez-vous sur le sujet?

Je m’engage à plusieurs titres. Je poursuis le travail entamé pendant ma mission sur l'hypersexualisation. Le parrallèle est évident: nous sommes vraiment tombé sdans une dictature de l’image devenue produit de consommation et, bien que je sois à droite, je suis anti-culture de la consommation, car je trouve que ça nous tire vers le bas. C’est aussi parce que je n’ai pas envie qu’on adopte la vision coréenne ou brésilienne, où l’on offre à des gamines de 16 ans une intervention de chirurgie esthétique comme cadeau d’anniversaire. Mon autre motivation, elle est féministe: quand j’ai entendu des personnes dire, à propos de l’affaire PIP, «elles l’ont mérité», je trouve ça insupportable.

 L’Afssaps est-elle encore crédible, après le Médiator et PIP?

Le rapport d’inspection a montré que l’Afssaps n’avait pas failli dans son rôle sur les prothèses PIP, c’est l’ensemble du système – de certification et de contrôle – qui a été un peu défaillant. Sans compter qu’on était face à une personne sans état d’âme, avec un cynisme hallucinant. Ca renvoie aussi à des débats sur la responsabilité des salariés de l’entreprise PIP, qui étaient complices. Je rappelle à ce propos que nous avons fait voter depuis une protection du lanceur d’alerte – celui qui prend le risque de dénoncer quelque chose qui se fait dans son entreprise doit absolument être protégé.

 Que pensez-vous du système d'action de groupe, évoqué lors de l’affaire du Médiator?

J’y crois beaucoup. Ce que j’aimerais, c’est un système qui concerne aussi bien les questions sanitaires que les questions de conso ou environnementales. Dans cette situation, l’entreprise ne prendrait pas de risque pour ses consommateurs, parce que c’est le système le plus puissant qui soit. Mais le gouvernement a toujours été opposé à ça, parce que c’est une autre logique juridique que celle qui a toujours existé en France. J’ose espérer qu’après les élections le débat sera plus positif.

 A propos d’élections, que pensez-vous de la campagne actuelle, en tant qu’ancienne secrétaire d’Etat à l’Ecologie?

Je suis catastrophée par le niveau du débat sur l’écologie. L’écologie politique a été tuée dans la présidentielle car la gauche l’a résumée à «pour ou contre le nucléaire». La droite jusqu’ici n’a pas encore présenté son programme sur l’écologie. J’avais proposé qu’on s’engage de manière beaucoup plus forte sur la soutenabilité de nos lois et de nos projets et que l’on confie par exemple au Conseil d’Etat le soin d’interdire les projets qui ont un bilan carbone catastrophique. 

Pensez-vous que Nicolas Sarkozy intégrera cette proposition à son programme de candidat?

Je l’espère, mais je ne peux pas le garantir. Le Président a décidé de faire de la valeur travail sa priorité et, à court terme, de répondre à la question: comment fait-on pour éviter que la crise ne s’amplifie. Je sais qu’il y était très sensible – les Français se souviennent tous du Grenelle – mais je ne sais pas s’il en fera un axe fort de sa campagne. Ce n’est pas un sujet facile à porter dans le contexte actuel.