Titeuf ne sera jamais un vrai petit garçon

INSOLITE La Cour de cassation a refusé à des parents de l'Oise le droit d'appeler leur fils comme le héros de BD à la mèche blonde...

Nicolas Bégasse

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L'affiche du film Titeuf, sorti en avril 2011.
L'affiche du film Titeuf, sorti en avril 2011. — Pathé Distribution

Titeuf restera pour toujours un personnage de fiction, accumulant les gaffes et les mésaventures dans son école de bande dessinée. C’est ce qu’a décidé la Cour de cassation mercredi en rejetant le pourvoi en cassation des parents de Titeuf, 3 ans et demi, qui réclamaient l’autorisation d’appeler leur fils comme le jeune héros de BD créé par Zep.

Le jeune Titeuf, qui sera désormais connu sous le prénom de Grégory, a été sauvé par un passage de l’article 57 du Code civil: «Si les prénoms choisis ou l'un d'eux peuvent nuire à l'intérêt de l'enfant (prénom ridicule par exemple), l'officier de l'état civil en avise sans délai le procureur de la République. Celui-ci peut saisir le juge aux affaires familiales.» C’est ce qui est arrivé en novembre 2009, quand Dominique, fier papa, donne trois prénoms à son fils: Titeuf, Grégory, Léo. Comme le raconte le blog «Chroniques judiciaires» d’une journaliste du Monde, le procureur est alors averti par l’officier d’état civil, et assigne les parents devant le juge aux affaires familiales de Pontoise (Val-d’Oise).

«Droit à la création» contre «intérêt de l’enfant»

Celui-ci leur ordonne de supprimer le prénom de l’état-civil de leur fils. Invoquant la liberté de choix des parents et le droit à la création, ceux-ci font appel de la décision, sans succès. Dans son arrêt, la cour d'appel explique que le personnage de bande dessinée est «un personnage présenté comme un garnement pas très malin», «caricatural bien que plutôt sympathique, destiné à faire rire le public en raison de sa naïveté et des situations ridicules dans lesquelles il se trouve». Pour les juges, le prénom handicapera Titeuf/Grégory «tant dans ses relations personnelles que professionnelles».

«C’est pô juste», ont dû penser les parents, qui décident de se pourvoir en cassation. Pour eux, les juges ont eu une «appréciation subjective» de l’intérêt de l’enfant en se basant sur un héros de BD «dont la notoriété est nécessairement éphémère et limitée». Pas de quoi convaincre la Cour de cassation, qui a donc rejeté, mercredi, leur pourvoi.

Le jeune Grégory aurait de toute façon eu une seconde chance d’échapper aux conséquences du «droit à la création» de ses parents: l’article 60 du Code civil indique en effet que «toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander à changer de prénom». Un droit qui ravira toutes les jeunes Clitorine et tous les jeunes Rambo de France.