Vidéosurveillance/vidéoprotection: «Une caméra n'empêche pas d'être un voleur»

SÉCURITÉ ors que la délinquance baisse, le nombre de caméras augmente...

Mathieu Gruel

— 

Des caméras de vidéosurveillance.
Des caméras de vidéosurveillance. — GILE MICHEL/SIPA

En janvier dernier, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, annonçait une baisse de 7,8% de la délinquance générale en France depuis 2007. Avec une chute de 20% de la délinquance de proximité sur cette même période.

Fait marquant de ce quinquennat qui s'achève, c'est également en 2007 que le gouvernement a décidé de développer la vidéoprotection. A Paris, le déploiement était ainsi lancé en 2008 avec le «plan 1.000 caméras», devenu ensuite «plan de vidéoprotection pour Paris» (PVPP) en 2009.

357 interpellations

Actuellement, la capitale compte près de 300 caméras, mais devrait en dénombrer plus d'un millier d'ici à cet été. Et à Paris justement, le bilan de la délinquance est également en baisse de 2.13% sur l'année 2011. Mieux, le taux d'élucidation atteint 38,5% dans la capitale.

Et la préfecture de police semble miser sur le déploiement du plan vidéoprotection, lancé le 21 décembre dernier, pour améliorer encore ce taux d'élucidation.

D'après la préfecture de police, ce dispositif a d'ailleurs permis «aux patrouilles vidéoguidées de procéder, du 21 décembre au février, à 357 interpellations, ayant donné lieu à 56 gardes à vue». Mais ces bons résultats sont-ils vraiment liés à la multiplication des caméras ?

Pure communication

Pour Jean-Marc Manach, blogueur spécialiste de la question, c'est de la «pure communication. Une caméra n'empêche pas d'être un voleur.» Le fait que les arrestations, annoncées par la préfecture de police de Paris pour la fin d'année 2011, aient pu être réalisées grâce à de nouvelles caméras le laissent d'ailleurs «dubitatif». Car il apparaît bien difficile de juger de l'efficacité du système. «La loi date de 1995 et il n'en existe toujours pas d'étude indépendante sur le sujet», explique en effet le blogueur.

Seul un rapport, publié par la Cour des comptes en juin 2011, vient pondérer les chiffres officiels. On peut notamment y lire que ce développement de la vidéosurveillance en France «se caractérise par la quasi absence d'enquête scientifique sur le sujet».

35.000, 11.000 caméras?

Pour l'organisme, il aurait en effet été souhaitable, «compte tenu de son coût pour les finances des collectivités locales et de l’Etat, que la mise en œuvre de ce plan de développement accéléré de la vidéosurveillance de la voie publique soit précédée d’une évaluation de son efficacité selon une méthode rigoureuse, validée par des experts».

Pour Jean-Marc Manach, ce qu'il faudrait aussi, c'est connaître le nombre de caméras officiellement placées sous le contrôle des autorités. «J'ai pu lire que 35.000 caméras étaient installées sur la voie publique, alors que la Cour des comptes n’en mentionne que 11.000 dans son rapport...»

Selon lui, 75% de ces caméras seraient d'ailleurs placées dans des banques ou des commerces. Et non pas sur la voie publique. Ce qui donne lieu à quelques bizarreries, «comme par exemple une affaire élucidée grâce à une vidéo de mariage».

Les Anglais font machine arrière

Jean-Marc Manach a donc fait une demande au ministère de l'Intérieur pour disposer d’un chiffre officiel. Sans succès.

Dans ce contexte, difficile de prouver la véritable efficacité de ces caméras. La Cour des comptes explique en effet que «les différentes études conduites à l’étranger ne démontrent pas globalement l’efficacité de la vidéosurveillance». D’ailleurs, les Anglais, pourtant très en avance sur ce sujet, semblent faire machine arrière depuis deux ans.

En France, il faudra vraisemblablement attendre qu’une enquête sur le sujet permette d’y voir plus clair pour définitivement juger de l’efficacité de la vidéoprotection.