Aide aux sans-abris: La maraude de jour, «ça ne sert à rien»

REPORTAGE Dans leur camionnette, Florent et Émilie vont à la rencontre des SDF et des plus démunis. «20 Minutes» les a suivis dans les rues de Paris, le temps d’une matinée...

Mathieu Gruel
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La maraude de jour du SAMU social va au contact des plus démunis.
La maraude de jour du SAMU social va au contact des plus démunis. — 20Minutes

A côté de sa camionnette, Florent attend son binôme. Dans ce grand hangar du SAMU social, à Ivry-sur-Seine en région parisienne, Emilie ne tarde pas à le rejoindre. Elle vient de prendre connaissance des signalements effectués pendant la nuit auprès du 115, puis grimpe dans le camping-car siglé «maraude de jour». Le seul à circuler en journée. Les autres véhicules de l’organisation (une vingtaine depuis l’activation du plan «Grand froid») assurent les maraudes de nuit.

A la rencontre des populations démunies

Ensemble, les deux jeunes gens embarquent ainsi chaque matin, cinq jours sur sept, dès 9h, pour sillonner les routes parisiennes à la rencontre des populations les plus démunies.

Lui, fait le pilote et l’accompagnant social depuis le mois d'octobre. Elle, officie depuis janvier comme infirmière dans ces maraudes de jour. Salariée du SAMU social depuis un an, elle explique qu’avant, elle faisait celles de nuit. «Ce n'est pas vraiment le même travail, puisque le jour les structures d'accueil sont ouvertes. On a plus de contacts avec les associations, ça permet d'approfondir l'aide que l'on peut apporter». En proposant notamment, quand c'est nécessaire, «des places en hospitalisation, en centre d'hébergement d'urgence ou de stabilisation, qui permet un meilleur suivi social, pour aider à la réintégration», détaille la jeune femme.

Et alors que la camionnette se faufile dans les embouteillages matinaux de la capitale, en extérieur, le mercure affiche -4°C. La neige tombée la veille au soir n’a pas encore totalement fondu. Les signalements - une dizaine par sortie - s’ajoutent à ceux enregistrés pendant la nuit. La jeune femme, le portable vissé à l’oreille, note ainsi les nouvelles personnes à aller voir, et essaye d'assurer le suivi de celles croisées plus tôt dans la journée.

«Ça ne sert à rien»

De passage rue de Rivoli (1er arrondissement de Paris), Emilie intervient auprès de Youssef. «Je l'ai rapidement examiné. Il avait mal aux dents, je l'ai orienté vers un consultation bucco-dentaire». Elle lui a également proposé d'appeler le 115, pour obtenir une place dans un centre d'hébergement d'urgence. Proposition que Youssef a refusée: «Ils ne répondent jamais au 115. Et puis je ne veux pas perdre ma place sur la bouche d'aération».

L'équipe n'insistera pas devant ce refus. «On ne peut pas les forcer», explique Florent. Ce qui a de quoi frustrer Emilie: «On pourrait faire beaucoup plus. Il ne faudrait pas s'arrêter à la notion d'urgence, même si je suis contente de ce qu'on peut déjà leur apporter».

A proximité de la rue Sauffroy (17e), un homme est allongé sur un matelas au borde la route. «Bonjour monsieur, vous m'entendez ? On peut faire quelque chose pour vous ?» Sous les couvertures, Farid croit d'abord avoir affaire avec la police. Lui aussi déclinera la proposition d'appeler le 115. «Ça ne me tente pas du tout. De toute façon, le SAMU social ça ne sert à rien...», lâche l'homme, le visage rougi par le froid.

Une tâche immense

Après lui avoir distribué deux «Bolinos» (des plats lyophilisés), un café et proposé un duvet plus chaud, l'équipe repart. «Faut rester motivé» glisse Florent. Car l'ampleur de la tâche est immense. Et le réconfort proposé bien maigre. Quelques mots, de quoi se couvrir, une soupe chaude et la promesse de revenir bientôt...

Heureusement, «le contact est souvent bon avec les SDF. Mais c'est sûr qu'on ne peut pas faire de miracles. Alors si on peut déjà en aider trois ou quatre par jour, c'est déjà ça», reconnaît Florent. Une goutte d'eau dans un océan de détresse. Mais qu'importe, demain c'est sûr, ils reprendront la route pour une nouvelle maraude. «Dans ce métier, y'a pas de fin» sourit Emilie.