Le maire condamné pour avoir giflé un ado se plaint des pressions qui pèsent sur les élus

JUSTICE Maurice Boisart, le maire de Cousolre (Nord), comparaissait ce vendredi pour avoir giflé un adolescent de 17 ans dans la rue...

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Le maire de Cousolre, Maurice Boisart, poursuivi pour avoir giflé un adolescent qui l'aurait insulté et menacé en août 2010, devant le palais de justice d'Avesnes-sur-Helpe, avant une audience avec le procureur, le 4 octobre 2011.
Le maire de Cousolre, Maurice Boisart, poursuivi pour avoir giflé un adolescent qui l'aurait insulté et menacé en août 2010, devant le palais de justice d'Avesnes-sur-Helpe, avant une audience avec le procureur, le 4 octobre 2011. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Il s’est fait des cheveux blancs. La chevelure brune de Maurice Boisart a blanchi en quelques jours. Et ce n'est pas près de s'arrêter. Le maire de Cousolre (Nord) a été condamné ce vendredi à 1.000 euros d'amende avec sursis par le tribunal d'Avesnes-sur-Helpe pour avoir giflé un un adolescent en 2010. En se baladant dans sa commune de 2.500 habitants le jour des faits, le maire de Cousolre (Nord) surprend un adolescent en train d’escalader un grillage municipal. L’édile le sermonne. Le jeune homme répond. L’insulte. Une gifle part. «Je ne pouvais pas faire autrement, confie Maurice Boisart. A travers moi, c’est la fonction de maire qu’on insultait.» Ce vendredi, les deux protagonistes ont rendez-vous au tribunal d’Avesnes-sur-Helpe (Nord) pour s’expliquer. L’adolescent qui a porté plainte assure qu’il a insulté le maire après avoir été giflé. Maurice Boisart compte, lui, se servir de l’audience pour dénoncer les pressions auxquelles sont soumis les élus.

En octobre dernier, vous avez refusé la procédure de plaider-coupable dans cette affaire. Pourquoi?

Je reconnais la baffe. J’ai giflé cet adolescent. Mais je ne pouvais pas faire autrement. A travers moi, c’est la fonction de maire qu’on insultait. J’ai refusé cette procédure parce que je voulais un vrai procès pour pouvoir m’expliquer. Et surtout témoigner des pressions et des incivilités dont les maires sont bien souvent victimes.

De quelles pressions parlez-vous?

A force de pousser les gens à bout, on arrive à ce genre d’extrême, comme une baffe. Aujourd’hui, nous avons trop de choses à gérer, même dans une petite commune comme la mienne. Les gens attendent énormément de vous mais on ne peut pas tout faire. Et un beau jour, on craque.

Racontez-nous votre quotidien de maire?

Je passe en moyenne 70 heures à gérer la commune. Encore heureux que je sois à la retraite! Je suis maire. Mais aussi administrateur de l’usine d’incinération, président du CCAS, membre du comité du parc naturel… J’ai des réunions tous les soirs. On nous demande sans cesse de travailler sur des projets. En gros, j’ai un agenda de ministre sauf que je n’ai ni le chauffeur, ni les motards qui l’accompagnent…

Vous plaignez-vous de ne pas être assez reconnu dans votre fonction?

Aujourd’hui, je touche une indemnité de 1.200 euros. A cause de cette indemnité, ma pension de retraite a été baissée de 40 euros. Je trouve ça scandaleux parce qu’on n’occupe pas ce genre de fonction pour l’argent, mais pour l’intérêt général. Dès qu’il y a un problème dans la commune, c’est moi qu’on appelle. A toute heure du jour ou de la nuit. Souvent, c’est vers 23h. Alors, je sors du lit. Je me rhabille. Je prends la voiture et je vais voir pourquoi l’alarme de l’école s’est déclenchée ou comment les pompiers gèrent l’incendie d’un local poubelle.

Depuis quand êtes-vous élu?

Cela fait trente ans. Mais c’est fini. J’en ai marre. Je vais payer les 600 euros d’amende pour cette gifle. Mais j’arrête. Si on commence à me traiter comme un délinquant, ça ne va pas le faire!