Retour sur la mort de Robert Boulin

Justice Alors que la fille de Robert Boulin décide de prendre sa retraite, 20 Minutes revient sur la mort mystérieuse de son père...

Vincent Vantighem
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Le corps de Robert Boulin, le 30 octobre 1979.
Le corps de Robert Boulin, le 30 octobre 1979. — LAURENT XYZ/SIPA

Ce matin-là, il gelait à pierre fendre dans la forêt de Rambouillet. Le 30 octobre 1979, le corps de Robert Boulin, ministre du Travail, est découvert dans 50 centimètres d’eau dans l’étang du Rompu à Rambouillet. Très rapidement, l’enquête conclut au suicide. La thèse officielle ? Empêtré dans un scandale immobilier, le ministre aurait mis fin à ses jours en absorbant des barbituriques avant de se jeter dans l’étang. Pour preuve, la justice sort une série de lettres que le ministre lui-même aurait envoyées à des proches pour annoncer son intention de mettre fins à ses jours.

Un Premier ministrable en puissance

Ses proches justement s’interrogent. Quelques heures avant le « suicide », Robert Boulin leur avait annoncé sa volonté de se battre pour répondre aux insinuations de la presse sur le scandale immobilier dont on l’accuse alors. A l’époque, Robert Boulin est l’un des rares ministres RPR du gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing. Les élections présidentielles de 1981 se profilent à l’horizon. Robert Boulin est même pressenti pour devenir Premier ministre. « Giscard avait pensé à lui pour remplacer Raymond Barre, confie Fabienne sa fille. Cela aurait beaucoup ennuyé Chirac qui venait de reprendre la main sur le RPR… »

Sarkozy lui rend hommage en 2007

En gaulliste pur et dur, Robert Boulin n’appréciait pas la méthode Chirac. Indépendant, il n’avait pas eu peur de le dire et surtout de monter des dossiers. « Mon père avait des informations sur des mœurs politiques de l’époque inacceptables, poursuit sa fille. C’est pour ça qu’il a été supprimé... » En 2007, lors d’un discours à Poitiers, Nicolas Sarkozy lui-même avait rendu hommage à Boulin annonçant qu’il « n’oubliait pas Robert Boulin ». Mais depuis l’ordonnance de non-lieu rendue en 1992, la justice n’a jamais voulu rouvrir le volumineux dossier.

Un gendarme : "il avait la tête hors de l'eau"

Pourtant, sa fille, aidée par le journaliste Benoît Collombat détricote l’affaire. Dans son livre, le journaliste révèle plus de 70 anomalies dans l’enquête. Autopsie bâclée, procès-verbaux arrangés : tout semble avoir été fait pour faire croire à la thèse du suicide. Il y a un an, 20 Minutes publie le témoignage du gendarme Francis Deswarte qui met pourtant un peu plus à mal cette théorie. Premier à découvrir le corps du ministre le matin du 30 octobre, le gendarme affirme que la tête de Robert Boulin était « hors de l’eau ». Difficile dans ces conditions de croire au suicide.