Fabienne Boulin: «J'arrête de me casser la tête sur les murs de la justice!»

JUSTICE Après trente ans passés à se battre pour découvrir la vérité sur la mort en 1979 de Robert Boulin, alors ministre de Giscard d'Estaing, sa fille a décidé de cesser son combat avec la justice…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Fabienne Boulin se bat depuis 1979 pour « l'honneur » de son père.
Fabienne Boulin se bat depuis 1979 pour « l'honneur » de son père. — IBO / SIPA

Pourquoi décidez-vous maintenant de prendre votre retraite?

Après 32 ans de combat, j’ai compris que la justice et la politique voulaient définitivement enterrer l’affaire Boulin. Ma vie a été alourdie par l’assassinat de mon père. Je me dis aujourd’hui que j’ai aussi le droit à un peu de bonheur et de légèreté de l’être. Je vais déménager à Ramatuelle, voyager, profiter…

Vous cessez donc de vous battre pour trouver la vérité?

Non, je suis Gasconne, idéaliste et têtue. Je prends acte que notre République s’éloigne de la démocratie. Depuis le non-lieu rendu en 1991, la justice n’a rien voulu faire pour rouvrir ce dossier. Aujourd’hui, j’arrête de me casser la tête sur les murs de la Justice. Je vais tenter de contourner l’obstacle.

C'est-à-dire?

En m’intéressant aux archives par exemple. Je sais, ainsi que la CIA a un dossier sur cette affaire. La vérité viendra peut-être de là.

En 2007, Nicolas Sarkozy avait dit qu’il «n’oubliait pas Robert Boulin»… La vérité ne peut pas venir du monde politique?

En cinq ans, Nicolas Sarkozy l’a bien oublié. Je ne compte plus sur lui. Mais c’est vrai qu’il reste encore beaucoup de témoins. Qu’ils osent parler même s’ils se sentent contraints par le droit de réserve. Dans cette fameuse nuit du 29 au 30 octobre 1979, il s’est passé de graves choses. Il y a une mise en scène pour faire croire au suicide de mon père. Pourquoi la justice n’interroge par Christian Bonnet [ministre de l’Intérieur à l’époque]. Et Claude Guéant  [conseiller du ministre Bonnet à l’époque] ? Pourquoi n’apporte-t-il pas son témoignage? Il sait des choses sur cette affaire. Ce n’est pas compliqué...

Si François Hollande remporte l’élection présidentielle, cela pourrait changer?

Il faut surtout qu’il y ait un changement de volonté. Que l’on veuille enfin se pencher sur cette affaire. Si les socialistes arrivent au pouvoir et qu’ils veulent rouvrir le dossier, ils savent où me trouver !

Regrettez-vous d’avoir passé autant de temps sur cette affaire sans avoir abouti à la vérité?

Non. J’ai mené un très beau combat. D’une enquête bâclée de quelques pages, nous avons abouti à une contre-enquête qui a révélé plus de 70 anomalies dans cette affaire. Deux livres ont été publiés sur le sujet. De jeunes journalistes continuent de s’intéresser à cette affaire. La vérité finira bien par éclater un jour.