Grève des enseignants: «La mobilisation va se poursuivre»

INTERVIEW Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp, commente la journée de mobilisation de ce mardi dans l'enseignement...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Des enseignants défilent à Paris, le 31 janvier 2012.
Des enseignants défilent à Paris, le 31 janvier 2012. — DUPUY FLORENT/SIPA

Les enseignants ont défilé dans les rues de plusieurs villes de France mardi pour protester contre les 14.000 suppressions de postes dans l’enseignement prévues à la rentrée prochaine et le projet de réforme de l’évaluation des professeurs. Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp (syndicat des enseignants du premier degré) dresse pour 20 Minutes le bilan de cette journée.

A combien de personnes estimez-vous la participation à la manifestation de ce mardi?

Près de 20.000 enseignants (9.000 selon la police, ndlr) se sont mobilisés à Paris, mais pas seulement: ils étaient aussi 1.000 à Tours, 1.800 à Toulouse, ou encore 1.500 à Lille. Cela montre une mobilisation générale des enseignants  sur le thème de la suppression de postes et de la réforme de l’évaluation des professeurs. Et cette mobilisation, pour nous, enseignants du primaire, va se poursuivre dès jeudi dans des départements qui n’étaient pas en grève aujourd’hui, par exemple en Moselle, dans les Vosges, dans le Calvados, etc.

Les enseignants avaient déjà manifesté, par exemple le 15 décembre dernier, contre les suppressions de postes et le projet de réforme de leur évaluation. Pourquoi une nouvelle journée de grève?

Cette nouvelle journée se déroule dans un contexte différent de celui du 15 décembre. Premièrement parce que le ministère n’a toujours pas répondu favorablement à la demande de retrait du texte pour ouvrir une véritable discussion sur une réforme de l’évaluation des enseignants. Car quand on réforme, c’est pour apporter un progrès, et là il n’y en a pas. Nous sommes pour que change cette évaluation, mais nous sommes pour une évaluation conseil, pas une évaluation sanction. Deuxièmement parce qu’on est dans une séquence où les annonces de suppressions de postes dans le premier degré sont rendues publiques département par département: les enseignants prennent connaissance des classes qui ne pourront pas rouvrir, du nombre de «Rased» supprimés, de la scolarisation des moins de 3 ans qui est en train d’être liquidée et des postes de remplaçants qui vont manquer. Tout cela va empirer les conditions d’apprentissage des élèves, surtout ceux en difficulté.

Comment peut évoluer la mobilisation? Est-il possible de mieux se faire entendre?

On est à 52 départements dans la grève pour le premier degré, avec un taux de grévistes entre 20% et 60% selon les départements. Dès jeudi, il y aura aussi un niveau de mobilisation très significatif. On est dans la construction d’un mouvement qui associe les enseignants et, nous l’espérons, les parents, pour une école qui fasse société plutôt qu’une école qui fasse sécession, en laissant des élèves au bord de la route. Nicolas Sarkozy s’était engagé à sanctuariser l’école primaire. A l’évidence, la promesse n’est pas tenue.

Justement, la situation va-t-elle vous pousser à vous positionner dans la campagne présidentielle?

Non, nous n’avons pas de chapelle politique, le syndicalisme est indépendant. Notre bataille est pour les élèves et pour l’école, pas pour un parti.

Comment qualifiez-vous la mobilisation de ce mardi?

C’est une mobilisation réelle, et cela à quelques encablures de l’élection présidentielle. Preuve que les enseignants n’attendent pas les échéances électorales et veulent porter la fierté qu’ils ont de s’engager pour la réussite des élèves.