«Le féminisme n'a pas de couleur politique... Pas plus que le sexisme!»

VOS QUESTIONS L'auteure a répondu à toutes vos questions...

C.G.

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 Aurore Bergé, à la rédaction de 20 Minutes
 Aurore Bergé, à la rédaction de 20 Minutes — D.R.

Aurore Bergé, l'une des trois auteurs de «Alter-Égales» était dans les locaux de 20 Minutes pour répondre à vos questions. Morceaux choisis de ses réponses.

«Les femmes ont progressivement conquis leur indépendance. Elles maîtrisent leur corps, elles maîtrisent leurs choix de vie, leurs évolutions de carrière»

«Les féministes ne sont ni des hystériques, des “mal baisées” ou des “salopes”, elles sont des femmes qui aspirent au respect de leurs droits»

«Une proposition du livre porte sur le congé parental : fusionner le congé maternité et le congé paternité pour créer un véritable congé parental dont la durée devra obligatoirement être partagée entre les 2 parents. Ainsi, la question ne se poserait plus à l’embauche : le “risque” d’avoir un enfant existerait pour les jeunes … Femmes ou hommes... Ce serait un bon début!»

«Le féminisme n’a pas de couleur politique... Pas plus que le sexisme!»

 Il faudrait «faire prendre conscience aux femmes que le féminisme a une actualité et qu’elles doivent  participer à ce mouvement»

«Assumer notre différence et montrer que cette différence est source de richesses et non de rivalités ou conflits»

«Il est insupportable de voir aujourd’hui le droit des femmes à l’avortement être remis en cause, et c’est d’autant plus insupportable de voir que cela vient d’une femme (...) Dérembourser l’IVG “sauf en cas de viol” comme le propose Marine Le Pen, c’est le retour à la barbarie, aux faiseuses d’anges, au Moyen-âge»

Le féminisme «ce n’est pas se dresser contre les hommes mais faire en sorte que l’égalité soit respectée dans toutes les sphères»

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Si la femme devient un jour l'égal de l'homme, qui va devoir préparer le manger et faire la vaisselle?! Je cherche des associations homministes pour les machos, je souhaiterais y adhérer...
La femme est justement l’égalE de l’homme! Et la plupart des hommes a déjà intégré ce principe... peut être devriez vous y travailler? Pire, certains hommes sont même membres d’associations féministes... et ils n’ont ni le sentiment d’être des “gonzesses”, ni le sentiment d’être castrés… Plus sérieusement, la question n’est pas une lutte entre hommes et femmes, mais intégrer l’idée de progresser ensemble, ce d’autant plus que les avancées concédées aux femmes - notamment dans la conciliation vie familiale, vie professionnelle - profitent également aux hommes ! 

Les femmes qui veulent avoir un impact doivent être libres! Beaucoup militent ou travaillent en pointillés. A moins d'avoir un époux bien disposé à les aider, elles ont une telle somme de travail à accomplir, que je ne les perçois pas comme importantes dans le suivi des choses au niveau politique notamment. On peut, certainement compter sur celles qui n'ont pas de charges importantes, je veux dire des célibataires avec du recul, non pas des jeunes. Mon expérience, à haut niveau, m'a appris tout cela. Suis-je dans la vérité ?
Les femmes ont progressivement conquis leur indépendance. Elles maîtrisent leur corps, elles maîtrisent leurs choix de vie, leurs évolutions de carrière. Elles sont donc de plus en plus libres et le simple fait de décider ou non d’avoir des enfants, de décider quand a tout changé! Les hommes ont du s’adapter à cette nouvelle liberté - finalement en peu de temps, d’où le fait qu’ils puissent parfois les percevoir comme des rivales. Or, nous sommes partenaires, ou nous devons l’être: en couple, au travail, en politique ...

Je trouve que les manifestations "chocs" de certains groupes féministes sont assez consternants et desservent au plus haut point la cause féministe. Il n'y a qu'à voir la prestation de "La Barbe" au Petit Journal pour s'en convaincre. Qu'en pensez-vous?
Je partage votre avis. Je ne pense pas que cela aide les femmes ni le combat féministe.
Je ne suis pas pour un féminisme agressif, vindicatif : il fait peur, il éloigne les femmes du féminisme... et encore plus les hommes ! Les féministes ne sont ni des hystériques, des “mal baisées” ou des “salopes”, elles sont des femmes qui aspirent au respect de leurs droits et, dans le même temps, au respect de leurs différences...
 
A votre avis, pourquoi certaines femmes ne se sentent pas du tout féministe?
Beaucoup de femmes ne se sentent pas féministes car elles ont l’impression, ou plutôt “on” leur donne l’impression, qu’en matière d’égalité hommes-femmes, tout a été fait, tout a été dit. Après tout, « Estimez vous heureuses Mesdames : vous votez, vous bossez, vous faites même de la politique ! »... Et à force d’entendre ce discours, et peut être de s’en laisser convaincre, on se dit que si on n’y arrive pas, c’est parce que l’on n’est pas à la hauteur. Qu’on est incapable parce qu’on est infichue d’avoir telle ou telle promotion, de faire des gosses et de bosser, de progresser... Et bien non, tout n’est pas une question de volonté... Il suffit de voir les écarts de salaire, la paupérisation qui touche en priorité les femmes ou la faible représentativité des femmes dans les sphères de pouvoir pour s’en convaincre...

Pourquoi, selon-vous, les femmes n'ont-elles toujours pas le même salaire, à l'embauche que les hommes?
Sur les femmes repose une sorte de “suspicion” à l’embauche qui veut qu’une jeune femme, disons entre 25 et 35 ans, va forcément avoir un enfant, s’arrêter de travailler ou prendre son congé mat... Alors, à travail égal, les employeurs arbitrent pour un jeune homme... C’est la raison pour laquelle, une proposition du livre porte sur le congé parental : fusionner le congé maternité et le congé paternité pour créer un véritable congé parental dont la durée devra obligatoirement être partagée entre les 2 parents. Ainsi, la question ne se poserait plus à l’embauche : le “risque” d’avoir un enfant existerait pour les jeunes … femmes ou hommes... Ce serait un bon début !
 
Franchement, en 2012, est-il toujours pertinent de parler d'égalité?
Franchement? Oui, il est plus que pertinent de parler d’égalité! Vous avez l’impression que l’égalité hommes-femmes est réelle en France? Vous avez l’impression qu’hommes et femmes ont le même niveau de rémunération? Qu’ils ont la même représentativité dans les sphères de décision, économique ou politique? Qu’ils ont les mêmes types de contrat? Ce n’est évidemment pas le cas et c’est d’autant plus insupportable que cela puisse continuer en France. Les textes existent: qu’ils soient appliqués!
 
Vous êtes 3 jeunes femmes à avoir écrit ce livre. Vous avez un parcours différent, des convictions politiques différentes. Cependant, votre conception du féminisme est-elle la même? Si oui quelle est-elle?
Nous n’avons pas nécessairement la même conception du féminisme. Je ne suis pas pour un renforcement de la législation par exemple, mais pour son application. Mais nous partagions la même volonté de prouver que le féminisme en France était plus que jamais d’actualité et plus que jamais pertinent. Parce que le féminisme n’a pas de couleur politique... pas plus que le sexisme!

Bonjour, une question très simple : qu'évoque le mot "féminisme" pour vous?
Il m’évoque le chemin qui reste à parcourir pour atteindre une véritable égalité entre les femmes et les hommes … Un combat qui doit se poursuivre, mais sous des formes renouvelées, moins “chiennes de garde”!

Avez-vous des propositions pour rétablir l'égalité homme/femme? Pourquoi, d'après vous, les politiques ne se sont-ils jamais vraiment saisis du sujet? Le peuvent-ils vraiment?
Les politiques se sont saisis du sujet, les politiques ont voté des textes, mais ceux-ci ne sont finalement pas appliqués de manière rigoureuse. Comment demander aux entreprises l’égalité salariale ou la parité dans les conseils d’administration quand le politique ne respecte pas lui même les règles qu’il a pourtant votées? La loi sur la parité est insuffisamment respectée... Et quelle représentativité avons-nous au sein des conseils d’administration des entreprises publiques? Où sont les femmes dans la haute fonction publique? Et pourtant... les femmes sont plus et mieux diplômées que les hommes... qu’on ne nous dise pas que “l’on ne trouve pas assez de femmes compétentes”... On cherche mal... ou on ne cherche pas!
 
Aujourd’hui, quelles sont les luttes à mener en priorité ?
Faire prendre conscience aux femmes que le féminisme a une actualité et qu’elles doivent  participer à ce mouvement. Ce n’est pas se dresser contre les hommes mais faire en sorte que l’égalité soit respectée dans toutes les sphères de sa vie - sa vie personnelle, sa vie professionnelle, sa vie citoyenne. Ne rien laisser passer, aucun écart, pas même de langage. Assumer notre différence et montrer que cette différence est source de richesses et non de rivalités ou conflits. Nous ne sommes pas une “menace” pour les hommes, nous sommes complémentaires. Et puis, comme le dirait Roselyne Bachelot : “à terme, la loi sur la parité protégera les hommes!”
 
Qu'est-ce qui vous a poussé à collaborer avec Elodie Massé et Elise Vouvet ?
Montrer notre capacité à écrire un essai politique avec des prises de position forte, notamment sur la laïcité en ce qui me concerne, sans pour autant écrire un livre partisan.
Raison pour laquelle nous avons interrogé des personnes aussi diverses que Roselyne Bachelot ou Edith Cresson, Rachida Dati ou Najat Belkacem, qui nous livrent leurs analyses, leurs témoignages et leurs espoirs...

Merci à 20 Minutes et aux internautes pour leur intérêt pour la question du féminisme... preuve donc qu’il n’est pas mort puisque certains hommes s’inquiétaient dans leurs questions de le voir trop présent. Je suis persuadée qu’en politique, le féminisme est avant tout une question de génération. Difficile de demander à des élus, très majoritairement masculins, d’une classe d’âge plutôt … élevée, et majoritairement blancs, d’intégrer une diversité qu’ils n’ont jamais connue... Pour ma génération, la question ne se posera plus. Nous avons toujours eu à militer, à travailler, à collaborer avec des hommes et des femmes; aussi, quand nous serons en capacité de décider, nous choisirons uniquement - du moins, je l’espère - sur le critère de la compétence. C’est d’ailleurs la même chose pour la diversité en politique. Dernier point peut être par rapport à la présidentielle... Il est insupportable de voir aujourd’hui le droit des femmes à l’avortement être remis en cause, et c’est d’autant plus insupportable de voir que cela vient d’une femme. Il y aura toujours trop d’avortements, et il ne doit en aucun cas être un acte banal ou banalisé, mais culpabiliser les femmes qui ont recours à l’IVG, dérembourser l’IVG “sauf en cas de viol” comme le propose Marine Le Pen, c’est le retour à la barbarie, aux faiseuses d’anges, au Moyen-âge. Nous en sommes sortis finalement tard parce que des femmes et des hommes ont eu le courage, ensemble, de faire voter la loi Veil... revenir sur cette loi serait un drame... J’espère que cela suscitera des réactions vives, tous bords politiques confondus! En espérant que vous lisiez le livre ! “Alter-Egales” aux éditions Normant!

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Présentation du chat:

Le livre Alter-Égales a été écrit par trois jeunes femmes engagées en politique (UMP et PS) - Aurore Bergé, Elodie Massé, Elise Vouvet. Au travers d'un parcours différent, toutes font un même constat: les femmes de leur génération ont l'impression que pour l'égalité, tout a été fait, tout a été dit. Et pourtant, la marche des femmes et des hommes est encore longue avant d'atteindre l'égalité réelle. Ce livre recueille leurs expériences et analyses partagées, enrichies d'une quarantaine d'entretiens réalisés auprès de femmes politiques, journalistes, sociologues, chefs d'entreprise, responsables associatives, pour faire le point et analyser la situation de la femme en France.

Aurore Bergé a 25 ans. Engagée au sein de l'UMP depuis ses 16 ans, elle a notamment été candidate aux régionales de 2010 sur la liste de Valerie Pécresse.


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