La mort au tournant

Delphine Bancaud

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« Une seule erreur de conduite peut coûter la vie », explique Bertrand Parent.
« Une seule erreur de conduite peut coûter la vie », explique Bertrand Parent. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Chaque jour depuis vingt-six ans, Bertrand Parent pense à Philippe. Dans Un jour sur la route, j'ai tué un homme*, le journaliste raconte le jour fatal, qui a changé sa vie et détruit celle d'un autre. Lorsque Bertrand Parent avait 20 ans, il a perdu le contrôle de son véhicule et percuté la voiture qui arrivait en face, tuant sur le coup Philippe, son conducteur. Ce jour-là, il n'avait pas bu, mais reconnaît que ça aurait pu être le cas.
Poursuivi pour homicide involontaire, il est condamné à deux mois d'emprisonnement avec sursis, 1 500 francs (environ 225 €) d'amende et seize mois de retrait de permis. Il écope aussi d'un sentiment de culpabilité à vie, qu'il n'essaye même pas de dompter : « Je dois l'assumer et en tirer une leçon de vie », explique-t-il.
Après avoir tu son histoire pendant de nombreuses années, Bertrand Parent a décidé de la dévoiler au grand jour. « Je ne veux pas me poser en donneur de leçons, mais je voulais montrer via ce témoignage, qu'une seule erreur de conduite peut coûter la vie. Et rappeler que la voiture est un paquet de ferraille et aussi un instrument de mort », glisse-t-il. Soucieux de ne pas s'épargner, l'auteur raconte dans le détail l'accident. « C'était l'époque de la culture zéro en matière de sécurité routière. On était très rarement contrôlé. Ce qui donnait un sentiment d'impunité à certains conducteurs », explique-t-il. Replongeant dans son passé, Bertrand Parent retourne sur les lieux de l'accident, se recueille pour la première fois sur la tombe de Philippe et tente même de reprendre contact avec ses proches. « Ses sœurs n'ont pas voulu me rencontrer, car cela aurait ravivé des blessures douloureuses, mais j'ai pu retrouver sa petite amie de l'époque qui était dans la voiture avec lui, le jour de l'accident. J'ai pu parler sereinement avec elle des faits », raconte-t-il. Il rencontre aussi une mère qui a perdu un enfant sur la route. Un chemin vers la rédemption, dont le livre semble être le point d'orgue. « Mon ouvrage est aussi un acte de militantisme », ajoute-t-il. « Je pense qu'il faut aller plus loin en matière de sécurité routière. Il faut en faire un thème de la campagne électorale et écouter ce que les candidats ont à proposer pour descendre en dessous de 4 000 morts sur les routes », suggère-t-il, sans s'exempter d'obligations lui-même. « Je vais exiger plus de moi-même au guidon de mon scooter ou au volant de ma voiture », écrit-il, comme une profession de foi.